‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 21 sur 306 · ODE VI · texte numérisé non relu

ODE VI

C'est dans ces campagnes fleuries

Qu'on voit mille troupeaux errants

Aller en cent lieux différents

Ronger les trésors des prairies :

Les uns , cliarmés par leur aspect , 5

En retirent avec respect

Leurs dents comme incertaines; Les autres, d'un cours diligent,

Vont boire en ces fontaines , Qui semblent des coupes d'argent. lo

Là l'on voit les grasses génisses ,

Se promenant à pas comptés ,

Par des cris cent fois répétés

Témoigner leurs chastes délices;

Là les brebis sur des buissons 1 5

Font pendre cent petits flocons

De leur neige luisante ; Les agneaux aussi , bondissant

toutes les éditions ont conservé, nous paraît une faute évidente d» copie. La correction abaissant se présente naturellement.

I, Le Journal général de France a le premier donni- la quatrième et la sixième strophe de cette ode.

Sur la fleur renaissante , Lui rendent leur culte innocent. 20

Là l'on voit , en troupes superbes ,

Les jeunes poulains indomptés

Dessous leurs pas précipités

Faire à peine courber les herbes.

Je vois ces jeunes furieux 2 5

Qui semblent menacer les cieux

D'une tête hautaine, Et par de fiers hennissements,

S'élançant sur la plaine , Défier les airs et les vents. 3o

Mais quelle horrible violence

Pousse ces* taureaux en^^eux

A troubler la paix de ces lieux ,

Sacrés aux charmes du silence?

Déjà , transportés de courroux , 3 5

Et sous leurs pieds et sous leurs coups

Ils font gémir la terre ; Déjà leur mugissante voix,

Comme un bruyant tonnerre , Fait trembler les monts et les bois. 40

Je vois déjà leur poil qui fume ; Leurs yeux semblent étincelants ; Leurs gosiers secs et pantelants Jettent plus de feu que d'écume ; La rage excite leur vigueur; 45

Le vaincu redevient vainqueur ; Tout coup fait sa blessure :

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