Le 24 avril
5. Dans l'édition de 17^)7 : " le lendemain, qui étoit le jour de saint Marc, x
DE PORT-ROYAL. 5o5
au Roi d'une manière si odieuse, qu'il renvoya sur-lechamp^ le lieutenant civil, avec une lettre de cachet, pour faire ùter l'habit à ces novices. L'Abbesse se trouva dans un fort grand embarras, ne croyant pas qu'ayant donné à des filles le saint habit à la face de l'Eglise, il lui fût permis de le leur ôter, sans qu'elles se fussent attiré ce traitement par quelque faute. Elle écrivit au Roi une lettre" très-respectueuse pour lui expliquer ses raisons, et pour le supplier aussi de vouloir considérer si Sa Majesté, sans aucun jugement canonique, pouvoit en conscience, en leur défendant de recevoir des novices, supprimer et éteindre un monastère et un institut légitimement établi pour donner des servantes à Jésus-Christ dans la suite de tous les siècles. Mais cette lettre ne produisit d'autre fruit que d'attirer une seconde lettre de cachet, par laquelle le Roi réiléroit ses ordres à l'Abbesse d'ôter l'habit aux sept novices, et de les renvoyer dans vingt-quatre heures, sous peine de désobéissance et d'encourir son indignation. Du reste, il lui déclaroit qu'il n'avoit point prétendu supprimer son monastère par une défense absolue d'y recevoir des novices à l'avenir, mais seulement jusqu'à nouvel ordre, lequel seroit donné par autorité ecclésiastique, « lorsqu'il aura été pourvu à votre couvent (ce sont les termes de la lettre) d'un supérieur et directeur d'une capacité et piété reconnue, et duquel la doctrine ne sera point soupçonnée de jansénisme : à l'établissement duquel nous entendons qu'il soit procédé incessamment par les vicaires généraux de l'archevêque de Paris. »
Après une telle lettre, on n'osa plus garder les sept
1, Le 4 mai.
2. On trouve dans V Histoire générale de Port-Roïal , tome I\ , p. 43-4^> "ne analyse et la citation des principaux passages de cette lettre, qui était datée du 6 mai ifi6i.
5oG ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
novices, et on les rendit à leurs parents^; mais on ne put jamais les faire résoudre à quitter Thabit : elles le gardèrent pendant plus de trois ans, attendant toujours qu'il plût à Dieu de rouvrir les portes d une maison où elles voyoient que leur salut étoit attaché. L'une de ces novices étoit cette Mlle Perrier qui avoit été guérie par la sainte épine; et Dieu a permis qu'elle soit restée dans le siècle, afin que plus de personnes pussent apprendre de sa bouche ce miracle si étonnant. Elle est encore vivante au moment que j'écris ceci'; et sa piété exemplaire, trèsdigne dune vierge chrétienne, ne contribue pas peu à confirmer le témoignage qu'elle rend à la vérité.
Les pensionnaires et les postulantes chassées, on chassa aussi le supérieur et les confesseurs''. Alors M. de Contes, doyen de Notre-Dame, Tun des grands vicaires, amena aux Religieuses, par ordre du Roi, M. Bail, curé de Montmartre, et sous-pénitencier, pour être leur supérieur et leur confesseur. Et celui-ci nomma deux prêtres de Saint- Nicolas du Chardonnet pour être leurs confesseurs sous lui''. On ne pouvoit guère choisir de gens plus prévenus contre les jansénistes. M. Bail surtout leur étoit fort opposé. Ses cheveux se hérissoient au seul nom de Port- Royal, et il avoit toute sa vie ajouté une foi entière à tout ce que les jésuites pubhoient contre cette maison : trèsdévot d'ailleurs, et qui avoit fort étudié les casuistes. Six semaines après qu'il eut été établi supérieur, M. de Contes et lui curent ordre de faire la visite des deux