Dans l'édition de 17^7 : « qui eût l'apparence
DE PORT- ROYAL. Sig
es sœurs, et la fréquentation des sacrements cligne d'approbation, avec une soumission due à notre saint-père le Pape et à tous ses décrets, par une foi orthodoxe et une obéissance légitime, n'ayant rien trouvé ni reconnu en l'un et en l'autre monastère qui soit contraire à ladite foi orthodoxe et à la doctrine de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, ni aux bonnes mœurs, mais plutôt une grande simplicité , sans curiosité dans les questions controversées, dont elles ne s'entretiennent point, les Supérieurs ayant eu soin de les en empêcher : Nous les exhortons toutes, par les entrailles de Jésus-Christ, d'y persévérer constamment, et la Mère Abbesse d'y tenir la main. »
Voilà, en peu de mots, l'apologie des Religieuses de Port-Royal ; les voilà reconnues très-pures * dans leur foi et dans leurs mœurs, trés-soumises à l'Eglise, et trèsignorantes des matières contestées; et voilà par conséquent les jésuites déclarés de très-grands calomniateurs par l'homme même que les jésuites avoient fait nommer pour examiner ces filles. Vraisemblablement on se garda bien de montrer au Roi cette carte de visite, qui auroit été capable de lui donner contre les persécuteurs de ces Religieuses toute l'indignation qu'ils lui avoient inspirée contre elles. Je ne sais point si M. Bail prit, pour les justifier, les soins que sa conscience l'obligeoit de prendre. La vérité est que depuis ce temps-là il les traita assez doucement : il faisoit même assez volontiers ce qu'il pouvoit" pour les consoler dans l'affliction où il les voyoit; et pour cela il leur apportoit quelquefois des cantiques spirituels dont il avoit fait les airs et les paroles, et vouloit les leur faire chanter à la grille.
I. Dans l'éclition de 1767 : <r pour très-pures. » 3. L'édition de 1767 a placé les mots : « ce qu'il pouvoit, » après o où il les voyoit. i
Cependant le Formulaire commençoit à exciter lieaucoup de troubles. Plusieurs évêques refusèrent de le faire signer dans leurs diocèses, et écrivirent au Roi pour se plaindre des entreprises de l'assemblée du clergé, qui, méritant à peine le nom de simple synode, prétendoit s'ériger en concile national, prescrivoit des formules de foi, et décernoit des peines contre les prélats qui refuseroient de se soumettre à ses décisions. Le premier qui écrivit fut messire Nicolas Pavillon, évêque d'Aleth', qui étoit alors regardé comme le saint Charles de l'Église de France. Il y avoit vingt-deux ans® qu'il étoit évêque, et depuis ce temps-là il n'étoit jamais sorti de son diocèse que pour assister aux états de la province. Ce grand amour ^ pour la résidence, joint à la sainteté extraordinaire de sa vie et à un zèle ardent pour la discipline, le faisoit dès lors traiter de janséniste. Il avoit été néanmoins au commencement* dans l'opinion qu'on devoit aux Constitutions une soumission pleine et entière, sans aucune distinction du fait et du droit. Mais il rapporte lui-même, dans une lettre qu'il écrivit à M. de Péréfixe, qu'ayant examiné à fond la matière, et demandé à Dieu par beaucoup de prières qu'il voulût l'éclairer, il avoit reconnu qu'il s'étoit trompé, et que le fait de Jansénius étoit d'une telle nature qu'on n'en pouvoit exiger par autorité ni la créance ni la souscription. Ce fui donc dans ce même sens qu'il écrivit au Roi et aux prélats de l'assemblée^.
1. Lettre écrite au Boi par Monseigneur P évêque d'Àlet, touchant la signature du Formulaire (22 juin 1661), 111-4°. I^ avait aussi écrit le 22 mai ifi6i une lettre sur le même sujet à l'évêque de Châlons. Nicolas Pavillon avait été sacré évêque d'Aleth en 1689.