Dans l'édllion de 1767 '■ « et en môme temps
science. Les Religieuses de Port-Royal, comme j'ai dit, et comme il paroît par la carte de visite que j'ai rapportée, n'avoient originairement aucune connoissance des matières contestées. Leurs directeurs ne les en entretenoient point, et ne leur en avoient appris que ce qui étoit absolument nécessaire pour leur salut. Mais en récompense ils les avoient instruites à fond des devoirs de leur profession* et des maximes de l'Evangile. On leur avoit imprimé fortement dans l'esprit ces grands principes de saint Paul et de saint Augustin, « qu'il n'est point permis de pécher pour quelque occasion que ce soit; qu'il vaudroit mieux s'exposer à tous les plus grands supplices que de faire un léger mensonge; que Dieu et la vérité n'étant qu'un, on ne sauroit la blesser sans le blesser lui-même; qu'on ne [peut] point déposer d'un fait" dont on n'est point instruit; et que d'attester qu'on croit ce qu'on ne croit pas, est un crime horrible devant Dieu et devant les hommes. » Surtout on leur avoit inspiré une extrême horreur pour toutes ces restrictions mentales, et pour toutes ces fausses adresses inventées par les casuistes modernes, dans la vue de pallier le mensonge et d'éluder la vérité. Cela étant, on peut aisément concevoir d'où venoit la répugnance de ces filles à signer le Formulaire. La nécessité où on les réduisoit les avoit enfin obligées, malgré elles, de s'instruire de la contestation qui faisoit tant de bruit dans l'Eglise, et qui les jetoit dans de si grands embarras. Elles avoient appris que deux papes , à la sollicitation des jésuites et de plusieurs évêques, avoient condamné, comme extraites de Jansénius, évêque d'Ypres, cinq pro-
1. 11 y avait d'aLord dans le manuscrit : « de leur Institut. >/ Ce dernier mot a été effacé, el profession écrit dans l'interligne.
2. Dans l'édition de 1767 : « qu'on ne peut point déposer pour un fait; » et à la ligne suivante : a c'est un crime. »
positions très-abominables; que tout le monde avouoit que ces propositions étoient bien condamnées ; mais qu'un grand nombre de docteurs distingués par leur piété et par leur mérite, au nombre* desquels étoient les directeurs de leur maison, soutenoient qu'elles n'étoient point dans le livre de cet évêque, où ils ofFroient même d'en taire voir de toutes contraires; qu'il s'étoit fait sur cela de part et d'autre quantité de livres, où ceux-ci paroissoient avoir eu tout Tavantage. Il y avoit donc lieu de douter, et elles doutoient efFectivement, que ces propositions fussent dans le livre de cet évêque mort en odeur de sainteté, et qui, dans son ouvrage même, paroissoit soumis jusqu'à l'excès au Saint-Siège. Ainsi, soit qu'elles se trompassent ou non, pouvoient-elles en sûreté de conscience signer le Formulaire ? N'étoit-ce pas attester qu'elles croyoient le contraire de ce qu'en effet elles pensoient? On répondoit qu'elles dévoient s'en fier^ à la décision de deux papes. Mais elles avoient appris de tonte l'Eglise que les papes, ni même les conciles, ne sont point infaillibles sur des faits non révélés. Et y at-il quelqu'un, si ce n'est les jésuites, qui le puisse soutenir? Le contraire n'est-il pas aujourd'hui avoué de toute la terre? Et n'ètoit-il pas alors aussi vrai qu'il l'est maintenant? Il est donc constant que ces filles ne refusoient de signer que parce qu'elles craignoient de faire un mensonge. Mais leur délicatesse sur cela étoit si grande, que, quelque tour que les grands vicaires eussent donné à leur premier mandement, plusieurs Religieuses néanmoins, sur la seule peur d'être obligées de le signer, tombèrent malades; et il prit à la sœur de M. PascaP