M. Beiirier
DE PORT-ROYAL. 53i
nation des cinq Propositions, il vouloit non-seulement qu'en signant le Formulaire on fît la distinction du fait et du droit, mais qu'on déclarât qu'on ne prétendoit en aucune sorte donner atteinte à la grâce efficace par elle-même, parce qu'à son avis, plutôt que de laisser fléti'ir une si sainte doctrine, il falloit souffrir tous les plus mauvais traitements , et même l'excommunication. M. Arnauld soutenoit au contraire que c'étoit faire injure à la véritable doctrine de la grâce, de témoigner quelque défiance qu'elle eût pu être condamnée, et qu'elle étoit assez à couvert* et par la déclaration d'Innocent X% et par le consentement de toute l'Eglise ; que du reste le schisme étoit le plus grand de tous les maux ; que l'ombre même en étoit horrible, et qu'il falloit sur toutes choses éviter d'y donner occasion. Ces deux grands hommes écrivirent sur cela l'un et l'autre, mais sans sortir des bornes de la charité, et sans blesser le moins du monde l'estime mutuelle dont ils étoient liés, et qu'ils ont conservée jusqu'au dernier soupir. M. Pascal mourut entre les bras de M. de Sainte-Marthe, ami intime de M. Arnauld, et l'un des plus zélés défenseurs des Rehgieuses de Port -Royal. Mais voici ce qui a donné lieu à croire le contraire de ce que nous disons. M. Pascal, dans quelque entretien" qu'il eut avec le curé de Saint-Étienne, lui toucha quelque chose de cette dispute, sans lui particulariser de quoi il s'agissoit : de sorte que ce bon curé, qui ne supposoit pas que M. Arnauld eût pu pécher par trop de déférence aux Constitutions, s'imagina que c'étoit tout le contraire. Non-seulement il le dit ainsi à quelques-uns de ses amis, mais il
1. Dans l'édition de 176- on a imprimé par erreur: « à décoii- \ert. »
2. L'édition de 1767 porte : « dans qm-lques entretiens, » au plurieL
l'attesta même par écrit. Mais les parems de M. Pascal, touchés du tort que ce bruit faisoit à la vérité, allèrent trouver ce bon homme, lui montrèrent les écrits qui s'étoient faits sur cette dispute, et le convainquirent si bien de sa méprise , qu'il rétracta aussitôt sa déposition par des lettres qu'il leur permit de rendre publiques \
Après la mort de M. de Marca, il se passa près de dixhuit mois pendant lesquels on ne pressa point pour la signature"^. On crut même un temps que les affaires alloient changer de face. Car la cour de Rome, pendant qu'on élevoit si haut^ en France son autorité, outragea le Roi en la personne du duc de Créqui, son ambassadeur*. Le Roi ressentit vivement cette offense, et résolut d'en tirer raison. Comme la querelle pouvoit aller loin par l'opiniâtreté du Pape à soutenir les auteurs de cet attentat, le Parlement et les ministres du Roi commencèrent à ouvrir les yeux sur le trop grand cours qu'ils avoient laissé prendre à tout ce qu'on appelle en France les opinions des ultramontains^. On ne dit pourtant rien aux jésuites; mais sur l'ans que l'on eut d'une thèse qu'un bachelier breton se préparoit à soutenir, où il y avoit des
1. On a imprimé dans le Supplément du Nécrologe de Port-Royal, p. 280, la Dcclaralion faite à M. de Péréfixe, archevêque de Paris, par le RéK'érend Père Deurier, chanoine régulier, curé de Saint-Etienne du Mont, au sujet de la mort de M. Pascal. Cette lettre est datée du 7 janvier i665. Aux pages 281 et 382 du même Supplément on trouve aussi : 1° Lettre (datée du 2 juin 1671) du Père Beurier à Mme Perier, sœur de M. Pascal, au sujet de la précédente déclaration ; a° autre Lettre du même Père Beurier à M. P crier, neveu de M. Pascal, sur le même sujet (datée du 27 novembre 1673).
2. Dans l'édition de 1767 : « on ne pressa point la signature. »
3. Les mots « si liaut u ont été omis dans l'édition de 17^7.