‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 282 sur 306 · Et manque dans l'édition de · texte numérisé non relu

Et manque dans l'édition de

6. Racine avait voulu d'abord tourner autrement cette phrase. Les mots : «on avoit fait de grandes difficultés dairs, » sont en interligne; après maisons, il a effacé : aboient fait.

qu'elle auroit pu avoir à Port-Royal, et la traiter comme une de ses filles. Elle tint parole, et fit tant d'honneurs à cette Religieuse, que lArchevêque la lui ôta au bout de deux jours. On [ne] peut aussi s'empêcher de rendre justice à la Mère de la Fayette \ supérieure de Chaillot, qui ayant été obligée de recevou* une de ces Religieuses, la traita avec une charité extraordinaire tout le temps qu'elle fut dans son monastère. Il n'en fut pas de même des autres maisons où ces Religieuses furent enfermées. On peut voir dans la relation de la sœur Angélique Aruauld ^ la manière dont elle fut traitée chez les Filles- Bleues de Paris, La plupart des autres le furent à peu près de la même sorte ^,

1 . Louise Motier de la Fayette, qui avait été aimée de Louis XIII. Elle mourut au couvent de Chaillot en i6()5.

2. Cette Relation de la captUnté de la Mire Angcliaue de Saint-Jean , Religieuse de Port-Royal des Champs, se trouve dans le volume iu-4° qui a pour titre : Divers Actes, Lettres et Relations des Religieuses de Port-Royal du Saint-Sacrement. Elle a 112 pages sur deux colonnes, et est ainsi datée et signée à la fin : « Fait à Port-Royal des Champs, le 28 novembre i665. Signé, Soeur Angélique ue Sai>"t-Jeak. »

3. Au lieu de cette dernière phrase, il y avait d'abord, après les mots citez les Filles-Bleues de Paris : a et juger par là du traitement que l'on fit à la plupart des autres. »

La signature ' de ce second formulaire fut même à quelques-unes qui avoient signé une occasion de comprendre la faute qu'elles avoient faite, et de la réparer. Ainsi, tout ce que fît l'Archevêque pour engager ces saintes filles à signer son nouveau mandement, et le Formulaire d'Alexandre VII, fut inutile.

I . Le manusciit de la Bibliothèque impériale ne continue pas la Seconde partie au delà de la phrase après laquelle nous nous sommes arrêté à la page précédente. Ce que nous ajoutons ici est donné par l'édition de 1767 et par les diverses éditions des OEmres^ comme étant de Racine, mais à tort, nous le croyons. M. de la Chapelle, dont nous avons eu déjà occasion de parler (voyez ci-dessus, p. 223), avait remarqué que cette fin, dont il n'y a pas trace dans le manuscrit, se trouve, à quelques variantes près, dans le Catéchisme historique et dogmatique sur les contestations qui divisent maintenant l'Eglise (1729). C'est ce que nous lisons dans une lettre qu'il adressait à M. Jacobé de Naurois. La remarque est exacte, ainsi que nous l'avons constaté en lisant les pages 335-338 du tome 1 du Catéchisme janséniste dont il parlait. Il ne serait sans doute pas impossilile que les pages qui manquent aujourd'hui au manuscrit de Racine eussent été tirées par les éditeurs de 1767 de ce même manuscrit, alors plus complet, ou d'une ancienne copie; mais si l'on pense , comme M. de la Chapelle , qu'ils les ont plutôt empruntées à quelque ouvrage d'un autre auteur, ce n'est point au Catéchisme historique et dogmatique, mais au tome XI de V Abrégé de l'histoire ecclésiastique, par l'abbé Racine (1754); car c'est la (p. 186-190) qu'on les rencontre telles qu'ils les ont données, ou du moins avec des différences presque insignifiantes, et bien plus légères que celles du Catéchisme. L'abbé Racine, nous l'avons dit ci-dessus dans la Xolice*, s'est approprié dans ce tome XI de nombreux passages de V Abrège de l'histoire de Port-Royal, non encore publiés; a-t-il continué de suivre dans ces dernières pages la copie qu'il avait sous les yeux? ou, quand le travail de notre historien lui a manqué, a-t-il cherché un nouveau secours dans le Catéchisme historique et dogmatique ? Cette dernière supposition est, à notre avis, la plus vraisemblable. Si on ne l'admet pas, si l'abbé Racine a emprunté à V Abrège de l'histoire de Port-Royal les pages qui ne sont plus dans le manuscrit de cet Abrégé, les auteurs du Catéchisme ont puisé avant lui à la même source; mais on s'explique difficilement qu'ils ne l'aient fait que la; il n'y a trace nulle part ailleurs dans leur livre d'un emprunt fait à l'ouvrage de Racine : qu'ils ne l'aient copié que dans l'endroit justement où le manuscrit fait aujourd'hui défaut, ce serait un singulier hasard. Ajoutons que ces dernières pages de l'édition de 1767 ne s'adaptent pas très-bien à la narration de Racine ; qu'en un passage elles répéteraient inutilement ce qui avait déjà été dit; et qu'elles présentent un résumé rapide d'événements nouveaux, dont le récit aurait demandé jjIus de développement, pour que les proportions fussent gardées. Ces considérations nous ont décidé, non pas à supj)jinicr une fin d'une authenticité si douteuse, mais à nous contenter de l'imprimer ici en périt texte,

* Pages 379-381.

Le très-grand nombre, tant de celles qui furent dispersées, que de celles qui demeurèrent dans leur monastère, se soutint au milieu de cette violence et de cette séduction. La sagesse et le courage que montrèrent ces Religieuses est un miracle de la main du Tout-Puissant qui a peu d'exemples dans l'histoire de l'Eglise. Elles avoient dressé diverses relations' de ce qui se passa dans cette persécution; on y voit les attaques qu'elles ont eu à soutenir, les situations étranges où se sont trouvées celles qui étoicnt captives dans différents couvents, les sentiments et les lumières par lesquelles Dieu les soutenoit dans leur affliction. C'étoit par obéissance à leurs supérieures qu'elles avoient dressé ces relations, qui contiennent un portrait bien naturel de leur esprit et de leur cœur. On y trouve, avec une simplicité et ime candeur inimitable, une sublimité de vues, une générosité, une sagesse, une piété, une lumière, qui feroient presque douter que ce fût l'ouvrage de ces filles, à ceux qui ne connoîtroient pas l'esprit de Port-Royal, et qui ne feroient pas réflexion que Dieu se plaît souvent à faire éclater la force de sa grâce dans ce qu'il y a de plus foible. Une société d'hommes superbes osoit disputer à Dieu sa toute-puissance sur les cœurs; il étoit digne de Dieu d'en donner luie preuve éclatante, en remplissant de simples filles, persuadées de leur néant, et qui attendoieut tout de la grâce, d'une sagesse et d'une magnanimité qui fait encore le sujet de l'admiration et de la confusion des hommes les plus forts et les plus éclairés. Ce que nous venons de dire ne paroîtra pas exagéré à quiconque lira les relations de Port-Royal, ou seulement celle de la Mère Angélique de Saint- Jean, fille de M. d'Andilly.

Dieu soutenoit et conduisoit par lui-même ces admirables vierges. Les grands hommes qui auroient pu les éclairer et les encourager étoient eux-mêmes obligés de se cacher pour éviter les violences que l'on vouloit exercer contre eux. Ainsi ils ne pouvoient que rarement, et avec une extrême difficulté, faire parvenir leurs avis jusques à ces Religieuses; et ils ne le pouvoient en aucune sorte à l'égard de celles qui étoient captives en différents couvents. Dans le peu de commerce qu'ils avoient avec les deux monastères de Port- Royal, ils étoient plus occupés à modérer leur courage qu'à leur en

I. On a donne au public ces relations eu 1724- {Note de l'àdiiion de 1767.) — Elles se trouvent d;ins le volume in-4"', que nous avons déjà cité, et qui a |)our titre : Divers Actes, Lettres et Relations des Religieuses de Port-Royal du Stiint'Siicrenie/it.

DE PORT-ROYAL. SyS

inspirer. Elles avoient en effet une peine infinie à entrer (Jans les condescendances et les tempéraments que ces théologiens croyoient permis. On peut voir dans V Apologie de Port-Royal* quelle peine elles eurent de signer le premier mandement des grands vicaires du cardinal de Retz : tant elles craignoient tout ce qui sembloit leur faire prendre part à l'espèce de conspiration formée contre la vérité. Quelques-unes cédèrent : on ne doit point en être surpris. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y en ait eu si peu qui aient succombé à une si terrible tentation. Parmi quatre-vingts Religieuses de ciiœur qui étoient dans les deux maisons quand la persécution commença en i6fii, il étoit difficile qu'il ne s'en trouvât quelqu'une, ou qui n'eût pas une vertu solide, ou qui ne l'eût pas à l'épreuve d'une telle tempête. Dans la privation totale de tout conseil, quelques-unes des captives se déterminèrent à signer, parce qu'on s'étudia à embrouiller cette affaire par des subtilités qu'elles ne pouvoient démêler, et qui leur cachoient le véritable état des choses. L'Archevêque même, pour les porter à la signature, leur déclaroit verbalement qu'il ne demandoit pas d'elles la créance du fait. Mais quelque pardonnable que fût leur faute, elles en conçurent une vive douleur dès qu'elles connurent l'état des choses, et que le trouble où elles s'étoient trouvées se fut dissipé. 11 Y en eut deux dans la maison de Paris, les sœurs Flavie et Dorothée*, dont la chute fut bien plus funeste, parce que l'ambition en fut le principe. Elles signèrent le Formulaire, et contri- J)uèrent à séduire huit ou dix de leurs sœurs, qui étoient des esprits foibles, et dont il y en avoitdeux imbéciles. Elles agirent ensuite de concert avec Monsieur l'Archevêque et les filles de la Visitation, pour tourmenter celles qui demeuroient fidèles à leurs devoirs et à leur conscience. Cependant la cause de ces saintes Religieuses, ou plutôt celle de l'Eglise, étoit défendue par des écrits lumineux. M. Arnauld, aidé de M. Nicole, entreprit de faire connoître leur innocence. V Apologie de Port-Royal'", les Imaginaires*, et tant d'autres ouvrages

1. Voyez plus bas la note sur te livre tirée de l'édition de 1807.

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