‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 284 sur 306 · V.iiljmte 1 (voyez p. SSi), note · texte numérisé non relu

V.iiljmte 1 (voyez p. SSi), note

Les Religieuses se jetèrent de nouveau à ses pieds pour lui demander qu'il leur permît au moins de chercher dans la participation des saci'ementsla seule consolation qui leur restoit sur la terre. Mais il répondit qu'elles ne communieroient point qu'elles n'eussent signé; et cependant dans le temps même qu'il les traitoit en excommuniées, la force de sa conscience l'emportant sur tous ses autres mouvements, il ne put s'empêcher, en leur disant adieu, de se recommander trèsinstamment à leurs prières.

Quoique les Religieuses de Port-Roval ne fussent guère en état d'espérer aucune justice de la part des hommes, elles se crurent néanmoins ohligées de poursuivre, comme elles pourroient, leur appel comme d'ahus d'une procédure si violente et si peu régulière. Quand tous leurs effoits ne leur serviroient de rien, au moins il paroîtroit qu'elles ne renonçoient point à leur droit, et elles feroient voir au puhlic quel étoit le crime pour lequel on les traitoit avec tant de scandale et avec une dureté qu'on n'auroit pas pour les maisons les plus diffamées par leurs désordres. Elles dressèrent donc dès le lendemain un procès-verbal très-exact de tout ce qui s'étoit passé dans l'enlèvement de leurs Mères et dans l'intrusion des Religieuses de Sainte-Marie. Elles avoient déjà dressé une autre relation de ce qui s'étoit passé le jour qu'on leur interdit les sacrements. Ensuite elles signèrent une procuration pour obtenir un relief d'appel comme d'abus. Ce relief leur fut accordé et elles le firent signifier à Monsieur l'Archevêque , à qui elles donnoient assignation * pour comparoître au Parlement. Il ne fut pas difficile à ce prélat d'évoquer au Conseil toute cette affaire et de les réduire au silence. Il fit avec la même facilité mettre à la Bastille un très-homme de bien qui par pure charité prenoit soin de leurs affaires temporelles. Mais malheureusement, et sans la participation des Religieuses, il échappa quelques copies des deux relations dont j'ai parlé, et comme tout ce

I. II y a très-lisiblemeafr dans le manuscrit autographe : lUsUtation, C'est apparemment un lapsus.

J. Raci>e. IV 37

quiregardoit cette affaire excitoit fort la curiosité du public, ces deux pièces furent, en peu de temps , entre les mains de tout le monde. Jamais mortification ne fut pareille à celle qu'en eut Monsieur l'Arclievêque, et on prétend qu'elle contribua beaucoup à avancer la fin de sa vie. En effet comme dans ces visites il n'avoit pas songé le moins du monde à concerter ses paroles et ses actions et à se prccautionner contre son impétuosité naturelle, n'ayant affaire qu'à de pauvres Religieuses qui étoient à sa merci et sur lesquelles il se voyoit une autorité souveraine, il lui étoit échappé de dire et de faire beaucoup de choses très-indécentes ' dont il ne se souvenoit j)as lui-même. Tellement qu'il fut fort honteux , lorsqu'en lisant ces procès-verbaux , il reconnut que dans une occasion si grave et si sérieuse, lui archevêque avoit joué*, pour ainsi dire, le personnage d'une petite femmelette , pendant que les Religieuses s'étoient comportées et avoient parlé ^ avec toute la dignité qu'un archevêque pourroit faire. Il fît partout des plaintes amères contre ces relations, qu'il traita de libelles pleins de calomnies, et il en parla même au Roi avec un ressentiment qui fit sur ce grand prince contre ces filles une profonde impression, qui n'est pas encore effacée. Il se flatta néanmoins que s'il parloit à ces filles, elles ne pourroient jamais lui soutenir en face les faits énoncés dans ces deux actes, et qu'il leur en feroit faire ou un désaveu ou une rétractation authentique. Il les fît venir toutes à la grille, et leur parla avec une telle chaleur et une telle émotion qu'il lui en prit une espèce d'hémorragie, en telle sorte qu'en un moment il emplit de sang trois serviettes qui lui furent passées l'une sur l'autre. Mais il les trouva aussi inébranlables sur cet article qu'il les avoit trouvées sur la signature. Elles se jetèrent * toutes à ses pieds, et avec une fermeté respectueuse lui déclarèrent qu'il ne leur étoit pas possible de rétracter et de reconnoître pour fausses des choses qu'elles avoient vues de leurs yeux et entendues de leurs oreilles.

1 . « Très-indécentes » est ajouté en interligne. — A la ligne suivante, ot fort honteux » a été substitué par Racine à : « étonné au dernier point. »

2. Il y avait d'abord : a. il vit que dans des occasions si graves et si sérieuses, il avoit joué. »

3. « Et avoient parlé » est ajouté en interligne. Dans la suite de cette variante il y a plusieurs autres additions faites ainsi après coup : à la ligne suivante, ^(/r/oM/; plus loin, « contre ces filles; «puis, « en face; » puis deux fois telle.

4. Il y avait d'abord : « Elles tombèrent, » et dans la même phrase : « lui répondirent, » au lieu de « lui déclarèrent. »

COMPLÉxMEiM DES VARIANTES. 579

Variante II (voyez p. 56o, note 1).

On jugera aisément qu'il ne fut pas difficile au prélat d'interdire au Parlement la connoissance de cette affaire, qu'il fît évoquer au Conseil. Mais malheureusement il échappa quelques copies* du procès-verhal, qui furent aussitôt dans les mains de tout le monde. Jamais mortification ne fut égale a la sienne, et on prétend même que le déplaisir qu'il en conçut avança beaucoup la fin de sa vie. En effet comme dans cette visite ii n'avoit pas songé le moins du monde à concerter ses paroles et ses actions, et que n'y ayant en tète que de pauvres Religieu.ies sur lesquelles il a\ oit mie autorité absolue et qu'il pouvoit écraser d'un mot, il s'étoit abandonné tout entier aux mouvements de sa colère, dont j'ai déjà dit qu'il n'étoit pas maître, dans cet état * il avoit fait et dit plusieurs choses très-peu séantes nonseulement à un homme de son caractère, mais même à un homme qui auroit quelque teinture de j)olitesse : tellement qu'il fut fort surpris, en lisant ce procès-verbal, de trouver^ qu'il avoit joué dans toute cette action le personnage, pour ainsi dire, d'une simple femmelette, pendant que ^ les Religieuses lui parloient avec tout le sens froid et la gravité dont un archevêque auroit dû parler. Il fit paitout des plaintes amères de ce procès-verbal, qu'il traitoit de satire pleine de mensonges, et il eu parla au Roi même avec un ressentiment qui fit contre ces filles dans l'esprit de Sa Majesté de profondes impressions, qui ne sont pas encore effacées. Mais il crut même que par les menaces il pourroit les obliger à rétracter tout ce qui étoit dans cet acte. Il vint lui-même les trouver au parloir, et leur dit tout ce qui étoit capable de les effrayer. Mais il trou\ a des filles qui, sans s'éniouvoir, lui dirent avec mie fermeté très-respectueuse qu'elles ne pouvoient pas rétracter ni traiter de fausses des choses [qu'elles] avoient vues " de leurs yeux et entendues de leurs oreilles; que du reste Dieu étoit témoin de la douleur dont elles étoient pénétrées d'avoir été contraintes de rendre compte de la vérité^, pour ne pas abandonner

1 . Il y avait d'abord : a Mais il ne put empêcher qu'il ne courût des copies. »

2. Le manuscrit porte : « et dans cet état. » Cet et est de trop.

3. Après ces mots, Racine avait d'aliord écrit : a de voir dans ce procèsverbal. »

4- Première rédacticm : « d'y jouer un personnage si peu digne d'un archevêque, pendant que, etc. »

5. Il y a ici dans le manuscrit divers tâtonnements : « qu'elles ne pouvoient pas rétracter des choses qu'elles, etc.... w — « qu'elles ne pouvoient pas dii-e que ces choses fussent fausses après qu'elles les avoient Mies. »

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