‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 285 sur 306 · Il y avait d'abord : a de recourir à ce moyen · texte numérisé non relu

Il y avait d'abord : a de recourir à ce moyen

58o ABREGE DE L'HISTOIRE DE PORT-ROYAL.

entièrement le soin de leur innocence et la défense de leur maison. Monsieur rArchevèque demeuia [près '] de deux heures à disputer contre elles ; et il s'échauffa de telle sorte dans cet entretien qu'il lui prit une espèce d'hémorragie qui lui fit perdre presque tout son sang. Il se vengea de ces filles en ordonnant à ce qui restoit de novices de sortir. Il fît sortir encore cinq ou six des principales Religieuses, et changea toutes les offîcières qui a voient été nommées par les Mères, et en nomma d'autres en leur place, redoublant les défenses sévères qu'il leur avoit faites d'avoir aucun commerce avec personne.

Variante III (voyez p. 56i, note i).

L'Archevêque les quitta l'amertume dans le cœur ^, et on prétend que le chagrin qu'il conçut de toute cette affaire ^ a beaucouj) contribué à avancer la fin de sa vie. Les Religieuses de leur côté furent aussi fort affligées de la publication de ces pièces. Jusque-là leurs afiaires n'étoient point tout à fait désespérées, et l'Archevêque, qui au fond sentoit bien qu'elles n'étoient point coupables, sembloit * s'adoucir de jour en jour °. Il avoit déjà consenti qu'on leur rendit les sacrements, sans exiger d'elles aulre chose qu'une espèce d'indifférence sur la signature, c'est-a-dire une disposition a se laisser instruire, avec permission de suivre* après cela le mouvement de leur conscience. C'étoit un grand acheminement à la paix'. Mais depuis les procès-verbaux, il * les regarda en quelque sorte comme ses ennemies®. Les sacrements leur furent interdits avec plus de sévérité que jamais. Il fit ôter le voile aux novices qui restoient dans la

1. Il y a ici uii mot sauté. Faut-il suppléer près, comme nous axons fait, ou plus?

2. Racine avait écrit : « le poignard dans le cœui-; » Vamertuitie est uue correction de Boileau.

3. Il y avait d'abord : « qu'il conçut alors; » de toute cette affaire est encore une correction de Boileau.

4. Racine avait écrit : « qui dans le fond ne les croyoit pas fort coupables, content de leur avoir fait sentir sou autorité par l'eulévemeat de leurs Mères, serabloit, etc. ; » c'est Boileau qui a changé la phrase.

5. Après ces mots, il y avait d'abord : a. a leur égard, » qui a été effacé.

6. Racine avait écrit : a sans exiger d'elles d'autre condition que de promettre qu'elles seroient dans l'indjlférence sur la signature, c'est à-dire d'être dans la disposition de se laisser instruire et de suivre, etc. » Les changements sont de Boileau.

7. c< A la paix » est une correction de Boileau. Il y avait : << à un accord. »

8. Au lieu de il. Racine avait d'abord écrit : €i l'Archevêque. »

9. La phrase finissait d'abord ainsi : <( et de leur juge qu'il étoit, sembla étredexenu leur partie. »

COMPLÉMENT DES VARIANTES. 58i

maison et les mit' à la porte. Il déposa les officières que l'Aljbesse avolt nommées, établit à leur place'' celles qu'il plut à M. Chamillard de nommer, et livra entièrement la communauté'' à la domination de ce docteur et de la Mère Eugénie. Cette Mère étoit la principale des six Religieuses de Sainte-jMarie, qui avoient été, coiume nous avons dit, commises au gouvernement de cette maison*. Comme elle étoit l'une des plus anciennes de sou ordre, elle avoit été autrefois témoin de l'étroite liaison qu'il y avoit eu entre la Mère Angélique et la Mère de Chantail. Mais les jésuites, à la conduite desquels^ elle s'étoit depuis abandonnée, avoient pris grand soin d'effacer toutes ces idées de son esprit, et lui avoient inspiré aussi bien qu'à toutes les filles du couvent de la rue Saint-Antoine, dont elle étoit abbesse®, autant d'aversion contre Port-Roval que leur bienheureuse Mère et leur saint fondateur avoient eu de tendresse pour ce monastère. M. Chamillard avoit été d'abord un peu ébranlé par la grande vertu des Religieuses^. Et il y a lieu de croire que si elles eussent voulu accepter quelqu'un des expédients qu'il leur avoit proposés pour contenter l'Archevêque, 11 auroit été fort aise de les servir. Mais enfin, irrité du peu d'égard qu'elles avoient témoigné pour ses lumières , et prévenu de la doctrine de l'infaillibilité du Pape même sur les faits, il devint tout à coup leur plus violent persécuteur '. Non content de les tenir dans une captivité fort rude, il ne leur disoit jamais que les choses qu'il croyoit les plus capables de les affliger, parlant de leurs Mères avec un fort grand mépris, et traitant

1. Racine avait écrit : « les fit mettre; » Ii's mit est une correction de Boileau.

2. Il y avait d'abord : << et en mit d'autres en leur place; » la correction est de la main de Boileau.

3. Première rédaction : « et en un mot soumit cette communauté. »

4- Boileau a ainsi rédigé la plirase, qui était d'abord : « qu'on avoit établies pour commissaires dans cette maison. »

5. Racine avait écrit : a de qui. » Desquels est un changement fait par Boileau.

6. Racine avait mis simplement : a où elle étoit; » le changement est de Boileau.

7. Boileau a abrégé cette phrase, que Racine avait écrite ainsi : « M. Chamillard, de son côté, n'étoit pas naturellement moins prévenu qu'elle contre tout ce qu'on appe\oh jansénistes ; mais la grande vertu des Religieuses l'avoit d'abord un peu ébranlé. »

8. Racine avait écrit : « mais soit qu'il fût offensé du peu d'égard qu'elles avoient témoigné pour ses lumières, soit qu'en effet il ne crût point qu'il ne pouvoit y avoir [sic) de véritable piété dans cette obéissance aveugle qu'il vouloit qu'on eût pour toutes les décisions du Pape, elles n'eurent point dans la suite de plus violent persécuteur que lui, et il parut du moins aussi animé contre elles que les jésuites mêmes. » La phrase a été changée par Boileau.

582 ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DK PORï- ROYAL.

leurs pins fameux directeurs d'hérétiques abominables ', La Mère Eugénie le secondoit merveilleusement dans ce dessein. Ils firent si bien l'un et l'autre par leurs intrigues qu'enfin ils réduisirent sept ou huit Religieuses à signer. Entre ces Religieuses celle qui fit le plus d'éclat , c'en fut une qu'on appeloit la sœur Flavie. Elle avoit été autrefois reçue dans la maison avec une extrême charité, et on l'y avoit même traitée'* fort longtemps avec une distinction particulière*. Elle avoit été d'abord professe dans un autre monastère, où elle avoit fort entendu parler des querelles de la grâce* ; car, comme nous avons vu, il n'en étoit point fait mention dans le Port-Royal.

Elle témoigiioit un zèle extraordinaire pour ceux qu'on appeloit les défenseurs de saint Augustin, et surtout pour ceux qui éloient morts, prétendant même avoir été miraculeusement guérie ^ de diverses grandes maladies par les intercessions tantôt de l'abbé de Saint-Cvran, tantôt de M. le Maître, une autre fois par celle de la Mère Angélique ou de la Mère M irie des Anges. Mais elle se signala principalement® dans l'affaire de la signature. Rien loin d'approuver qu'on se rendît sur le fait, elle ne vouloit pas même qu'on acquiesçât au droit sans faire des restrictions qui missent, disoit- elle, à couvert la véritable doctrine de la grâce. Elle citoit là-dessus les écrits que j'ai dlt^ que M. Pascal avoit faits avant sa mort sur cette matière. Elle alla jusqu'.i cet excès d'extravagance d'assurer qu'elle avoit eu sur cela des révélations particulières, et que l'évêque d'Ypres lui étoit apparu en personne *. Les autres Mères avoient été fort scandalisées

1. Racine avait écrit : « parlant de leurs Mères avec un mépris qui leur étoit insupportable, et de leurs plus saints directeurs comme d'hérétiques abominables. » Les changements sout de Boileau.

2. Ce passage, depuis les mots : « Ils firent si hien, » a été refait jiar Boileau. Racine l'avait écrit ainsi : i Mais rien ne fut plus sensible aux Religieuses que de voir de leurs propres sœurs |^quelques-unes, en iutei/ii;ne] se joindre à eux pour les tourmenter. Il y avoit dans la maison une sœur Flavie qui y avoit été autrefois reçue avec une extrême charité, et qu'on y avoit même traitée, etc. »

3. Racine avait mis d'abord : « très-particulièrej jusqu'à lui avoir confié les plus importants emplois du couvent. »

4. Il y avait d'abord : a et y avoit fort entendu parler des querelles de la pénitence et de la grâce. »

5. La rédaction de ce passage, depuis : a car, comme nous avons vu, » appartient à Boileau. Racine avait é'^rit: a Elletémoignoit un zèle extraordinaire pour l:t doctrine de saint Augustin, et pour tous ceux (ou pour toute personne) qui en étoient regardés comme les défenseurs. Même elle prétendoit avoir été miraculeusement guérie. -D

Page 1