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la demeure des Colbert ; et quoique Seignelay, entraîné par son ambition à rivaliser avec Louvois sur le propre terrain de ce ministre, l'eût naguère égalé en cruelle violence dans le bombardement de Gênes, il ne lui déplaisait peut-être pas d'afficher une politique qui parût le mettre en opposition avec lui , et de faire entendre dans sa fête ce qu'on n'entendit sans doute pas dans celle de Meudon , des protestations contre les fureurs de la guerre. C'étaient comme les couleurs de sa maison. Il est certain que les deux ministres , sous les apparences frivoles d'un divertissement à offrir au Roi, poursmvirent dans cette circonstance une lutte de courtisans qui se disputent la faveur. Seignelay avait imaginé la fête de Sceaux, qu'il préparait avec une rare splendeur, pour en prendre avantage sur Louvois. Celui-ci voulut parer le coup ; il prit les devants, et reçut le premier à Meudon , au commencement du même mois de juillet, le Roi et les princes. Il déploya une grande magnificence; mais « le vilain temps, dit Dangeau *, gâta un peu » la fête ; « et celle de Sceaux, du consentement de tous les courtisans, est la plus belle fête qu'on ait jamais donnée au Roi. » L'avantage resta donc à Seignelay; et il n'eut pas seulement pour lui un plus beau temps, il eut les vers de Racine, qui ont jeté un éclat durable sur cette fête d'un jour.
On a pu remarquer, dans les citations que nous avons faites des divers témoignages contemporains , qu'ils s'accordent à attribuer V Idylle sur la paix au seul Racine ; et ce qui les confirme avec une autorité plus décisive encore , Racine lui-même l'a fait insérer dans deux éditions de ses OEiivres, sans avertir qu'un autre que lui y ait eu part. Que faut-il donc penser d'un autre témoignage, fort ancien aussi, que rappelle une note de l'édition de M. Aimé-Martin? M. Renouard possédait un exemplaire in- 12 de la tragédie d'Estker, relié en maroquin bleu, que le hasard lui avait fait trouver à un étalage de libraire. Voici la description qu'il en a donnée dans son Catalogue de la bibliothèque d'un amateur^, au tome III, p. 67 : « Sur les marges sont écrits de la main de Racine les passages de l'Ecriture sainte par lui imités dans cette pièce. A la fin est Y Idylle de la paix^ écrite par une de ses filles, et dont le titre apprend qu'elle est de Racine et de Despréaux. Ce précieux volume fut examiné chez moi par M. de Naurois, qui reconnut et vénéra l'écriture de son illustre trisaïeul et