‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 42 sur 306 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

SUR lA PAIX.

Pour estre clia/itée dans POrangerie de Sceaux.

Il n'y a point de nom d'auteur, ni d'imprimeur, point de signatm'e à la fin de la pièce. Au dos de la quatrième page on lit ; « Permis d'imprimer. Fait ce 27 juin i685. De i-a Reynie. »

Un autre texte delà même année i685, mais qui ne saurait faire foi au même degré, est celui du Mercure galant, dans le numéro dont nous avons parlé ci-dessus.

On a réimprimé en 1689 V Idylle sur la paix dans un petit volume iu-4° qui a pour titre : Pldylle et les festes de r Amour et de Bacchus , Pastorale représentée par P Académie royale de musique. A Paris, par Christophe Ballard. M.DC.LXXXIX. On lit dansl'Avantpropos : a \oici un essai qu'elle {P Académie royale de musique) s'est hâtée de préparer pour l'offrir à l'impatience du public. Elle a rassemblé ce qu'il y avoit de plus agréable clans les divertissements de Chambord, de Versailles et de Saint-Germain ; elle a cru devoir s'assurer que ce qui a pu divertir un niouurque infiniment éclairé ne sauroit manquer de plaire à tout le monde. On a essayé de lier ces fragments choisis par plusieurs scènes nouvelles ; on y a joint des entrées de ballet, on y a mêlé des machines volantes, et des décorations superbes; et de toutes ces parties on a formé une Pastorale en trois actes, précédée d'un grand Prologue. » Uidylle est en têle du

volume, après l'Avant- propos, et suivie de scènes lyriques empruntées à Quinault et à Molière. Il résulte évidemment de là qu'elle a été chantée sur le théâtre de l'Académie royale de musique.

Enfin l'on trouve aussi V Idylle, sur la paix réimprimée du vivant de Racine dans les éditions de 1687 et de 1697, au tome III de l'édition de 1692 (Amsterdam^, et dans le Recueil de vers choisis qui parut en 1693 (un volume in-12) et qui a été formé par le P. Bonheurs. U Idylle y est à la page i65 , sous ce titre : Idylle sur la paix , pour estre chanté dans POrangerie de Sceaux.

Le texte que nous avons suivi a été naturellement celui de l'édition donnée à part en i685. Nous n'avons pas négligé la collation des autres Impressions; elles n'en diffèrent guère que par la coupe des strophes, par la manière dont sont placés les intervalles qui séparent ces strophes ou les refrains. L'impression du Mercure et celle de 1689 offrent une petite variante, mais qui ne doit être qu'une faute de l'imprimeur.

Un plein repos favorise vos vœux :

Peuples, chantez la Paix, qui vous rend tous heureux.

Un plein repos favorise nos vœux :

Chantons , chantons la Paix , qui nous rend tous heureux.

Charmante Paix, délices de la terre, 5

Fille du ciel , et mère des plaisirs ,

Tu reviens combler nos désirs , Tu bannis la terreur et les tristes soupirs ,

Malheureux enfants de la guerre.

Un plein repos favorise nos vœux : i o

Chantons , chantons la Paix , qui nous rend tous heureux .

Tu rends le fils à sa tremblante mère. Par toi la jeune épouse espère D'être longtemps unie à son époux aimé.

De ton retour le laboureur charmé 1 5

Ne craint plus désormais qu'une main étrangère Moissonne avant le temps le champ qu'il a semé.

Tu pares nos jardins d'une grâce nouvelle.

Tu rends le jour plus pur, et la terre plus belle.

Un plein repos favorise nos vœux : 2 o

Chantons , chantons la Paix , qui nous rend tous heureux.

Mais quelle main puissante et secourable A rappelé du ciel cette Paix adorable?

Quel Dieu, sensible aux vœux de l'univers,

A replongé la Discorde aux enfers ? a 5

Déjà grondoient les horribles tonnerres

Par qui sont brisés les remparts.

Déjà marchoit devant les étendards

Bellone les cheveux épars , Et se flattoit d'éterniser les guerres 3o

Que sa fureur souffloit de toutes parts.

Divine Paix , apprends-nous par quels charmes Un calme si profond succède à tant d'alarmes.

Un Héros, des mortels l'amour et le plaisir,

Un Roi victorieux vous a fait ce loisir*. AS

Un Héros, des mortels l'amour et le plaisir, Un Roi victorieux nous a fait ce loisir.

I. C'est l'expression de Virgile, clans sa première Églogue^ vers 6 : .... Deus nobis hœc otia fecil.

Ses ennemis offensés de sa gloire ,

Vaincus cent fois , et cent fois suppliants ,

En leur fureur de nouveau s'oubliants, 40

Ont osé dans ses bras irriter la Victoire*.

Qu'ont-ils gagné, ces esprits orgueilleux , Qui menaçoient d'armer la terre entière?

Ils ont vu de nouveau resserrer leur frontière.

Ils ont vu ce roc sourcilleux ^, 45

De leur orgueil l'espérance dernière ,

De nos champs fortunés devenir la barrière.

Un Héros , des mortels l'amour et le plaisir, Un Roi victorieux nous a fait ce loisir.

Son bras est craint du couchant à l'aurore. 5o

La foudre, quand il veut, tombe aux climats gelés.

Et sur les bords par le soleil brûlés. De son courroux vengeur, sur le rivage more , La terre fume encore ' .

Malheureux les ennemis f, 5

1 . Racine s'est souvenu de ce passage de son Alexandre (acte 11 , scène 11, vers 461 et 462) :

Mais vous-mêmes, trompés d'un vain espoir de gloire, N'allez point dans ses bras irriter la Victoire.

2. Luxembourg. {Noteàe l'impression de i685,) — Le siège de celte ville avait été conduit par Vauban. Elle se rendit au maréchal de Créqui le 4 jnin 1684.

3. Alger avait été bombardé par Duquesne en 1682 et i683. L'opiniàtreté des Algériens fut enfin vaincue, et Tourville leur accorda la paix le 20 avril 1684. H se peut aussi que par ces mots : « La terre fume encore , 11 Racine fasse allusion à des événements beaucoup plus récents. Tripoli avait été bombardé pendant trois jours, 22, 28 et 24 juin i685, par l'escadre de Tourville ; et l'on avait obtenu des Tripoli tain s les satisfactions réclamées par la Fraiice.

De ce prince redoutable !

Heureux les peuples soumis A son empire équitable !

Chantons, bergers, et nous réjouissons :

Qu'il soit le sujet de nos fêtes. 60

Le calme dont nous jouissons N'est plus sujet aux tempêtes*.

Chantons, bergers, et nous réjouissons :

Qu'il soit le sujet de nos fêtes.

Le bonheur dont nous jouissons 6 5

Le flatte autant que toutes ses conquêtes.

De ces lieux l'éclat et les attraits,

Ces fleurs odorantes ,

Ces eaux bondissantes^,

Ces ombrages frais 7 o

Sont des ' dons de ses mains bienfaisantes. De ces lieux l'éclat et les attraits Sont des fruits de ses bienfaits.

11 veut bien quelquefois visiter nos bocages.

Nos jardins ne lui déplaisent pas. 7 5

Arbres épais, redoublez vos ombrages.

Fleurs, naissez sous ses pas.

O ciel, ô saintes destinées,

1 . Cette strophe et les deux suivantes sont réunies en une seule dans l'édition de 1687.

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