La cascade de Sceaux. [Note de l'édition de
3. Dans l'édition de 1692 Amsterdam), il y a les, au lieu de des ; on y a fait le même changement au dernier vers de la strophe, qui se lit ainsi :
Sont les fruits de ses bienfaits.
Qui prenez soin de ses jours florissants',
Retranchez de nos ans S»
Pour ajouter à ses années *.
Qu'il règne, ce héros, qu'il triomphe toujours! Qu'avec lui soit toujours la paix ou ' la victoire ; Que le cours de ses ans dure autant que le cours
De la Seine et de la Loire ! 8 5
Qu'il règne , ce héros , qu'il triomphe toujours ;
Qu'il vive autant que sa gloire !
1. Fleurissons^ dans l'impression de 1689 [V Idylle et les f estes de r Amour) .
2. Racine s'est souvenu de cette acclamation dont le peuple romain, suivant Tertullien {^Apologétique^ chapitre xxxv), saluait les Césars :
De nostris annis tibi Juppiter augeat annos.
Mais Tertullien jugeait de telles flatteries indignes d'un chrétien : « Haec christianus.... enuntiare non novit. »
3. Et , au lieu de ou, dans le Mercure (i683; et dans l'impression de i68q.
Dans l'ordre chronologique des Poésies diverses les Hymnes de Racine ne seraient pas ici à leur rang, si nous n'avions dû avoir égard qu'à l'époque de leur première composition ; mais sous la dernière forme que l'auteur leur a donnée, et qui est la seule que nous connaissions, elles peuvent bien , comme on le verra par ce que nous dirons plus loin, être postérieures en date à V Idylle sur la paix ; et d'ailleurs il semblera naturel de les trouver rapprochées des autres poésies sacrées.
Lorsque Louis Racine fit Imprimer en 1747 les Mémoires contenant (juelques particularités sur la vie et les ouvrages de Jean Racine, il donna à la suite de ces Mémoires plusieurs ouvrages de son père qui n'avaient pas encore été publiés dans les recueils des OEuvres du grand poëte, entre autres les Hymnes traduites du Bréviaire romain ; elles se trouvent au tome II, p. 62-78 de cette publication de 1747- Louis Racine les a fait précéder (p. 61) de ce court avertissement : « On met ici les Hymnes suivantes, quoique déjà imprimées, parce qu'elles sont peu connues, et ne se trouvent que dans un livre devenu fort rare, où elles sont confondues avec d'autres traductions d'hymnes d'un style différent. Ceux qui dans celles-ci ne trouveront point la poésie qu'ils attendent de l'auteur, doivent faire attention que le poëte n'est que traducteur de pièces latines dans lesquelles il règne plus de piété que de poésie, et où les mêmes choses sont très-souvent lépétées. »
Nous devons aussi remettre sous les yeux du lecteur le passage des Mémoires du même Louis Racine où il est question de ces Hymnes du Bréviaire ' : k En parlant des ouvrages de sa première jeunesse.,., je ne dois pas oublier sa traduction des hymnes des Fériés du Bré~ viaire romain. Boileau disolt qu'il l'avoit faite à Port-Royal , et que M. de Saci, qui avoit traduit celles des dimanches et de toutes les fêtes pour les Heures de Port-Royal, en fut jaloux, et voulant le dé-
I, Voyez notre tome 1, p. 21 5.
tourner de faire des vers, lui représenta que la poésie n'étolt point sou talent. Ce que disoit Boileau demande une explication. Les hymnes des Fériés imprimées dans le Bréviaire romain traduit par M. le Tourneux ne sont pas certainement l'ouvrage d'un jeune homme; et celui qui faisoit les odes (la Promenade de Port~Royal) dont j'ai rapporté quatre strophes , n'étoit pas encore capable de faire de pareils vers. Je ne doute pas cependant qu'il ne soit auteur de la traduction de ces hymnes ; mais il faut qu'il les ait traduites dans un âge avancé, ou qu'il les ait depuis retouchées avec tant de soin, qu'il en ait fait un nouvel ouvrage. On lit, en effet, dans les Hommes illustres de 31. Perrault, que longtemps après les avoir composées, il leur donna la dernière perfection. La traduction du Bréviaire romain fut condamnée par l'archevêque de Paris peur des raisons qui n'avoient aucun rapport à la traduction de ces hvmnes. Cette condamnation donna lieu dans la suite à un mot que rapportent plusieurs personnes, et que je ne garantis pas. Le Roi, dit-on, exhortoit mon père à faire quelques vers de piété. J^en ai voulu faire , répondit-il, on les a condamnés. ^ Plus loin, nous aurons à revenir sur la condamnation du Bréviaire romain, et sur ce que Louis Racine en dit dans ce passage des Mémoires ; mais nous voulons d'abord nous occuper de l'authenticité des hymnes. Nous n'appelons donc pour le moment l'attention que sur ce qui se rapporte à cette question dans le témoignage de Louis Racine , auquel il convient de joindre, en le citant textuellement, celui que lui-même rappelle, et qui est de date beaucoup plus ancienne que le sien. Perrault parle ainsi au tome II, p. 81, de ses Hommes illustres, publié en 1700 : « (Jean Racine) avoit été élevé à Port-Royal-des-Champs , où ayant lu, eu y faisant ses études, les excellentes poésies de M. d'Andilly, la traduction du poëme de saint Prosper par M. de Saci, et surtout les traductions admirables des hvmnes de l'Eglise du même auteiu-, il s'appliqua à faire des traductions en vers de quelques hymnes qui n'avoient pas encore été traduites, lesquelles furent trouvées si belles et si dignes d'être imprimées, qu'elles l'ont été depuis, lorsque dans un âge plus avancé il leur eut donné la dernière perfection. »
Le Bréviaire de le Tourneux , où les dix-huit hymnes attribuées par Louis Racine à son père ont été imprimées pour la première fois (c'était du vivant de notre poète), en contient en outre un grand nombre d'autres également traduites en vers français. Est-il certain que parmi celles qui ont été laissées de côté par Louis Racine il n'y
en ait pas qiielques-unes que Racine ait aussi traduites? Nous savions que plusieurs personnes se l'étaient demandé. En même temps un doute tout différent peut être soulevé. Est-il suffisamment établi que les dix-huit hymnes attribuées à Racine soient toutes réellement de lui?
Ces questions ne semblent pas avoir été jusqu'à présent examinées d'assez près. Elles méritent cependant de l'être. Perrault nous apprend que Racine avait traduit « quelques hymnes ; » 11 ne dit pas lesquelles. Louis Racine n'explique pas assez comment 11 a su quelles étaient les traductions de son père, comment il lésa distinguées dans un livre « où elles sont, suivant son expression, confondues avec d'autres traductions d'hymnes d'un style différent. » Serait-ce celte différence de style qui l'aurait seule guidé dans un choix, toujours en pareil cas périlleux, et sujet à contestation? Il est à remarquer qu'il s'exprime ainsi : « Je ne doute pas qu'il ne soit auteur de la traduction de ces hymnes, d Ce n'est pas là tout à fait l'affirmation précise et formelle que l'on eût eu droit d'attendre, s'il avait trouvé ces hymnes écrites de la main de Jean Racine, ou s'il eût pu dire tout au moins que l'authenticité lui en était certifiée par des copies conservées dans sa famille. Il est vrai qu'en un passage d'une des hymnes une différence considérable entre le texte du Bréviaire de le ïourneux et celui que donne Louis Racine ferait penser au premier abord que celui-ci a eu sous les yeux, non ce bréviaire, mais plutôt le manuscrit autographe ou quelque ancienne copie. Dans ce cas, il serait fâcheux qu'il eût négligé d'en avertir le lecteur. Mais nous trouverons bientôt l'occasion de parler de la seconde strophe de l'hymne du mardi à Matines, où se trouve cette importante variante ; et l'on pourra voir alors combien il est Araisemblable que la correction n'est pas de Racine, mais de son fils.
Pour éclairer la question d'authenticité, sur laquelle Louis Racine n'a rien dit qui pût écarter toutes les objections , les recherches sont devenues .lujourd'hui difficiles. Cette difficulté ne devait pas cependant nous décourager.
Dans l'examen que nous avons entrepris, la comparaison des hymnes attribuées à Racine avec celles qui , dans le Bréviaire de le Tourneux, ne passent pas pour être de lui, n'était sans doute point à négliger. Nous l'avons faite , et il est incontestable qu'il y aurait à écarter un certain nombre de ces dernières hymnes, où l'on trouve des locutions ou des tours surannés, qui ne sont pas de la langue de
Racine, aa temps surtout où très-évidemment il a fait la révision de ces ou^T-ages de sa jeunesse. Mais ces hymnes écartées, il en reste encore beaucoup qui n'ont pas la même marque d'une date trop ancienne; parmi celles-là, 11 est vrai, la plupart sont, pour l'élégcmce et la force poétique, bien loin des hymnes recueillies par Louis Racine. La différence cependant serait moins à l'abri de toute controverse si l'on s'attachait d'une part à quelques-unes d'entre elles beaucoup mieux versifiées, et de l'autre aux parties les moins remarquables d'un travail où le poëte des chœurs d'Esther et d^Athalie et des Cantiques spirituels est encore très-loiu d'être entièrement luimême. Il est toujours sage d'ailleurs de se défier des décisions du goût littéraire uans les questions d'authenticité. Jusque-là donc quelque hésitation semblait prudente.
M. Paul Lacroix, dans le Bulletin du bouquiniste (numéro du i" mai 1844)1 avait signalé une note que l'on trouve dans les papiers de Tralage, et dans laquelle trente-neuf hymnes du Bréviaire romain, indiquées par leur premier vers , sont attribuées les unes à Racine, les autres à d'Aubigny '. L'abbé de TraUige (Jean-Nicolas), mort eu 1699, la même année que Racine, avait laissé à l'abbaye de Saint- Victor des recueils de pièces manuscrites et imprimées qui sont aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal. 11 s'y trouve toutes sortes de petites pièces de diverses écritures, que Tralage avait réunies, et qui sont accompagnées quelquefois de notes soit de sa propre main, soit de celle de quelque autre persoune. Il faut user avec circonspection de ce recueil assez indigeste, et où géuéralemeut on ne sait à quelle autorité on a affaire. Ou peut essayer cependant d'en tirer sur les faits littéraires contemporains quelques renseignements, à la condition qu'on les contrôlera. Nous avons voulu y voir la note sur les hvmnes du Bréviaire romain. Loin de nous guider, comme on nous l'avait fait espérer, poiu* retrouver plusieurs pièces de Racine négligées par les précédents éditeurs , elle n'attribue à notre poëte que les sept hymnes suivantes : Source ineffable de lumière, — V oiseau vigilant ::oiis réveille, — Sombre nuit, aveugles ténèbres, — I^s portes du jour sont ouvertes, — Astre que t Olympe révère, — V Aurore brillante et vermeille, — f'crbe égal au Très-Haut ,
1. 11 s'agit sans doute de Stuart d'Aubigny, chanoine de Notre- Dame, plus tard grand aumônier de la reine d'Angleterre, et qui avait eu de grandes liaisons avec Port-Royal. Il mourut en i665.
notre unique espérance, c'est-à-dire toutes les hymnes des Ferles à Laudes, puis l'hymne du mardi à Matines. Les trente-deux hymnes qui sont ensuite mentionnées sont attribuées à d'Aubigny ; de ce nombre il v en a neuf de celles que Louis Racine dit être de son père. Les deux hymnes : Tandis que le sommeil réparant la nature^ et Source éternelle de lumière , ne sont attribuées par le manuscrit de Tralage ni à Racine ni à d'Aubigny '.
Nous avons rencontré tin autre document contemporain. Quoique Louis Racine ait dit que les hymnes rééditées par lui <l ne se trouvent que dans un Uatc devenu fort rare » (il veut parler du Bréviaire de le Toumeux} , cependant six d'entre elles , ce qui lui avait échappé, avaient été réimprimées du vivant même de Racine , en 1694, à Carpentras, chez Dominique la Barre, dans un petit li^Te qui a pour titre : le Portefeuille de M. L. D. F..., et qui est, dit-on, de Germain de la Faille *. On ne nomme pas dans ce recueil l'auteur des hymnes ; mais il semble probable que le compilateur n'a pas ignoré qu'elles
1. On pourrait soutenir que les papiers de Tralage ont été mis en désordre , et qu'on en a mal rapproché les fragments épars. Cela est, selon nous, improbable; ces fragments doivent avoir été collés sur chaque feuillet, dans l'ordre où ils sont, par celui même qui a formé le recueil. Voici toutefois ce que l'on remarque pour cette liste des hymnes. Elle est dressée sur plusieurs petits papiers d'écriture et de couleur différentes. Si, au lieu de lire ces papiers dans l'ordre où ils ont été collés, on rapprochait et l'on lisait à la suite les uns des autres ceux qui sont de la même couleur et de la même main, la liste des hymnes de Racine deviendrait plus longue. A celles que nous avons dit lui être atti'ibuées par le manuscrit de Tralage, il faudi-ait ajouter les suivantes : Magnx Deus potentiae, — Plasmator hominis Deus, — Orbls patrator optime, — Custodes hominum psallimus Angeles , — Firginis proies opifexque matris , — Jesu redemptor omnium, — Angularis fundamentum Lapis, — Mterna Christi munera (pour les apôtres). Les six dernières seraient pour la première fois attribuées à notre poëte; mais on arriverait ainsi à un résultat inacceptable , parce que plusieurs de ces hymnes qu'on ôterait à d'Aubigny ont une traduction de leur dernière stance qui se retrouve dans d'autres pièces attiiljuées sans équivoque à ce même d'Aubigny par le manuscrit, lequel serait ainsi en contradiction avec lui-même.
2. Germain de la Faille, auteur des Annales de la ville de Toulouse, était en 1694 secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux floraux.
HYMNES DU BRÉVIAIRE ROMAIN. gS
étaient de Racine ; car il a surtout recherché pour son Portefeuille les vers de ce poète, et il y a donné place à plusieurs petites pièces qui passent pour être de lui. Les six hymnes qu'il cite sont celles des Fériés à Laudes. En cela il serait d'accord avec la liste de Tralage , si celui-ci n'avait ajouté l'hymne du mardi à Matines.
Tout cela était bien insuffisant pour éclairer nos recherches; mais nous avons tiré plus de lumières de la lecture des hymnes de Saci dont Perrault et Louis Racine nous parlent à l'occasion de celles de notre poète. Les hymnes traduites par M. de Saci (Isaac le Maistre) ont été imprimées dans le livre connu sous le nom à' Heures de Port- Royal, et que Racine nomme ainsi dans son Abrégé de P histoire de Port-Royal, mais qui a réellement pour titre : ^Office de P Église et de la T'ierge , en latin et en françois.... dédié au Roj. La première édition est de i65o'. L'Achevé d'imprimer est du 9 avril. En étudiant ce livre, voici les remarques que nous avons faites. D'abord il est fort exact, comme Boileau l'avait dit à Louis Racine, que M. de Saci n'avait traduit que les hymnes des dimanches et des fêtes; celles dci Fériés manquent dans les Heures de Port-Royal. Ensuite l'hymne O lux beata Trinitas , qui n'appartient pas seulement aux vêpres du samedi, mais aussi aux vêpres pour la très-sainte Trinité, a été traduite par de Saci ; et dans l'édition de i65o, les deux premières strophes (l'hymne n'en a que trois) sont exactement telles qu'on les trouve dans la traduction qui , depuis Louis Racine, a été attribuée à notre poète. La date du livre ne laisse aucune incertitude. Quand il a été imprimé, Racine n'était âgé que de dix ans; il n'a donc pu être l'auteur de ces deux premières strophes. Reste la différence de la strophe finale ; mais cette strophe a été plus tard changée dans V Office de r Eglise, Nous ne savons dans quelle édition le changement s'est fait pour la première fois ; les Heures de Port-Royal ont eu des éditions très-nombreuses. Dans celle de lôSg*, la plus ancienne que nous ayons eue sous les yeux après celle de i65o, l'hymne est tout entière, y compris la strophe finale, semblable à celle que Louis Racine croyait être de son père. A supposer que Saci n'ait donné cette nouvelle version qu'en 1659, il n'y aurait sans doute nul empêchement chronologique à croire que la dernière
I. I vol. in-i2, Paris, chez la veuve Jean Camusat et Pierre k Petit.