‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 64 sur 306 · Ou pour éviter la liaison des deux tercets · texte numérisé non relu

Ou pour éviter la liaison des deux tercets

Tel jadis, porté sur ton aile,

Je pris l'essor de l'hirondelle,

Et m'envolai dans les déserts. {Note de Racine.)

3. Psaume x, verset i. [Note de Racine.) — « In Domino confido : « quomodo dicitis animae raea; : « Transmigra in montera siciit « passer? »

ODE TIREE DU PSAUME XVII. r4>

Et m'envoler dans les déserts. 90

Dieu des batailles , dieu temble ,

Tu m'instruis dans l'art des combats * .

Je te dois la force invincible

Qui soutient mon cœur et mon bras * :

Ce bras, armé pour leur supplice, 9 5

Ne cessera , sous ton auspice ,

De triompher et de punir ' .

Oui , dans le sang de tes victimes ,

De leur blasphème et de leurs crimes

J'abolirai le souvenir. 100

Tandis qu'en proie à l'anathème ,

Us pousseront en vain des cris

Vers les humains, vers le dieu même

Dont la fureur les a proscrits.

Sous mon règne heureux et tranquille 1 o 5

Je verrai mon peuple docile

M'offrir le tribut de son cœur.

L'étranger , forcé de me craindre ,

Sera réduit lui-même à feindre

Un zèle ardent pour son vainqueur. i r o

Tous ces succès sont ton ouvrage ; Et tu me vois en ce grand jour, Dieu d'Israël , en rendre hommage

1 . « Etpraecinxistirae virtute ad bellum; etsupplantastî insiirgentes « in me subtus me. » (Psaume xyii, verset 40.)

2. Geoffroy a répété ici la iN'^o/e de Racine, où est cité le psaume x, verset I. Si cette répétition n'est pas une erreur de l'éditeur, Racine a voulu renvoyer ici aux premiers mots du verset : in Domino confido.

3. « Persequar inimicos meos , et comprehendam illos ; et non a convertar, douée defîciant. » (Psaume xvii, verset 38.)

j44 J'OÉSIES diverses.

A ton pouvoir, à ton amour*.

Etends tes soins jusqu'à ma race; 1 1 5

A mes enfants , avec ta grâce ,

Transmets ma gloire et mes États* ;

Peux-tu signaler ta puissance

Avec plus de magnificence

Qu'en protégeant les potentats ? i c». o

1. « Propterea confitebor tibi in nationlbus, Domine; et nomini K tuo psalmum dicam. » (Psaume xvii, verset 5o.)

2. 0 Magnifîcans saintes régis ejus, et faclens misericordiam a christo suo David , et seniini ejus usque in sseculum. » {Ibidem , verset Si."!

Louis Racine, dans ses Mémoires \ dit que les Cantiques snlriluels ont été composés la même année qu^Esther, c'est-à-dire en 1689. On leur assigne la môme date dans le Catalogue des OEuvres laissées par les académiciens morts avant 1700, qui est à la fin du tome II de V Histoire de C Académie françoise (édition de M. Livet). C'est une erreur. Ecrits pour la maison de Saiiit-Cyr, comme les deux tragédies sacrées, ils les ont suivies à une distance de quelques années : ils sont de 1694. Geoffroy ne s'est pas trompé sur leur date, et les a très-bien nommés « le chant du cygne. » Parmi les odes que les livres saints ont inspirées à nos poêles , celles-ci demeureront toujours au premier rang. Ce serait trop peu d'y admirer la parfaite élégance d'un génie qui possédait tous les secrets de son art : Racine, et c'est par là qu'il s'élève au-dessus de l'art le plus accompli , v a mis son âme. Il faut répéter, parce qu'on ne saurait aussi bien dire, ces paroles du P. Quesnel : <r Que ces cantiques sont beaux ! qu'ils sont admirables, tendres, naturels, pleins d'onction! Ils élèvent l'àme, et la portent où l'auteur l'a voulu porter, jusqu'au ciel , jusqu'à Dieu^. » On ne peut s'étonner assez du mauvais goût et de l'outrecuidance de la Beaumelle , qui a osé dire : « Racine fit à l'usage de Saint-Cyr quelques cantiques qui prouvèrent que le lyrique n'était pas son genre*, t Mais généralement au dix-huitième siècle la beauté des Cantiques spirituels ne paraît pas avoir été bien sentie. La Harpe, lorsque, dans son Cours de littérature , il place Racine au premier rang de nos poètes lyriques , ne cite à l'appui de ses sentiments que les chœurs d^Esther et d'Atlialie. Marmontel , dans ses Eléments de littérature, aux mois Cantique, Ode, Lyrijue , oublie entièrement les Cantiques de Racine.

Les quatre Cantiques spirituels ont été imprimés pour la première

I. Voyez notre terne I, p. 3io. — 2. Il/idem, p. 3ii. 3. Mémoires de Mme de Maintenon^ tome II, p. 241.

J. Racuse. IV 10

i46 POESIES DIVERSES.

fois en 1694', chez Denys Thierry. Ce ne serait pas une preuve suffisante qu'ils n'eussent été composés que cette même année. Mais le témoignage de Racine lui-même est décisif. Le 28 septembre 1694, il écrivait à Boileau une lettre datée de Fontainebleau, où la cour était arrivée depuis le 16 du même mois : « Je suppose, y disait-il, que vous êtes de retour de votre voyage, afin que vous puissiez bientôt m'envoyer votre avis sur un nouveau cantique que j'ai fait depuis que je suis Ici, et que je ne crois pas qui soit sui>'i d'aucun autre. Ceux que Moreau a mis en musique ont extrêmement plu. Il est ici, et le Roi doit les entendre chanter au premier jour. Prenez la peine de lire le cinquième chapitre de la Sagesse d'où ces derniers vers sont tirés. » Ainsi nul doute pour le cantique Sur le bonheur des usteset sur le malheur des réprouvés .1\ a été composé à Fontainebleau, en 1694, du 16 au 28 septembre. Bien qu'on l'ait placé le second, lorsqu'on imprima les cantiques , il avait été précédé de deux autres ; et l'on ne peut croire que ceux-ci eussent été écrits depuis longtemps : Racine en parle comme d'ouvrages tout nouveaux, qui venaient d'avoir l'approbation de ceux à qui il les avait lus, et n'avaient pas encore été chantés devant le Roi . Le Journal de Dangeau nous apprend à quelle date ils le furent : « Samedi, 2 octobre 1694, à Fonlainehleau. Le Roi, après dîner, entendit dans sa chambre (0// il était retenu par la goutte) des paraphrases qu'a faites Racine sur quelques chapitres de saint Paul (// s'' agit des cantiques 1 et III). Moreau a fait la musique, a Le lendemain, 3 octobre, en effet, Racine écrivait à Boileau : a Le Roi a entendu chanter les deux autres cantiques, et a été fort content de 31. Moreau, à qui nous espérons que cela pourra faire du bien. » Ces deux cantiques tirés de saint Paul

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