‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 67 sur 306 · CANTIQUE IL · texte numérisé non relu

CANTIQUE IL

SLR LE BO>'HEtIR DES JUSTES, ET SUR LE MALHEUR DES RÉPROUVÉS.

(Tiré de la Sagesse, cliap. 5.)

Heureux qui de la sagesse

Attendant tout son secours ,

N'a point mis en la richesse

L'espoir de ses derniers jours !

La mort n'a rien qui l'étonné ; 5

Et dès que son Dieu l'ordonne ,

Son âme prenant l'essor,

S'élève d'un vol rapide

Vers la * demeure où réside

Son véritable trésor *. lo

De quelle douleur profonde

Seront un jour pénétrés

Ces insensés qui du monde ,

Seigneur, vivent enivrés ,

Quand par une fin soudaine i 5

1, he Recueil des pièces curieuses et nouvelles donne ja, au lieu de /a.

2. Il semblerait que Racine avait d'abord commencé le cantique II par la strophe suivante; car celle qui est aujourd'hui la troisième est appelée par lui la seconde^ et celle qui est la (Quatrième est appelée la troisième, dans sa Lettre à Boilcau, dont nous allons avoir à citer quelques passages dans les notes de ce cantique.

CANTIQUES SPIRITUELS. i53

Détrompés d'une ombre vaine

Qui passe et ne revient plus*,

Leurs yeux du fond de l'abîme

Près de ton trône sublime

Verront briller tes élus ^ ! 20

« Infortunés^ que nous sommes,

Où s'égaroient nos esprits' ?

Voilà, diront-ils, ces* hommes.

Vils objets de nos mépris.

Leur sainte et pénible vie 2 5

1. « J'ai choisi ce tour parce qu'il est conforme au texte qui parle de la fin imprévue des réprouvés, et je voudrois bien que cela fût bon et que vous pussiez approuver par une fin soudaine, qui dit précisément la même chose. Voici comme j'avois mis d'abord :

Quand déchus d'un bien frivole, Qui comme l'ombre s'envole Et ne revient jamais plus.

Mais ce jamais me parut un peu mis pour remplir le vers, au lieu que qui passe et ne revient plus me sembloit assez plein et assez vif. u {Lettre de Racine à JJoileau, 3 octobre 1694.)

2. t Videntes turbabuntur timoré horribili, et mirabuntur in t subitatione insperatae salutis. n {La Sagesse, chap. v, verset 2.)

3 . Dans la Lettre déjà citée , Racine dit avoir ainsi refait ce premier vers :

Misérables que nous sommes.

0 Infortunés, ajoute-t-U, m'étoit venu le premier. Mais le mot de misérables, que j'ai employé dans Phèdre, à qui je l'ai mis dans la bouche , et que l'on a trouvé assez bien, m'a paru avoir de la force en le mettant aussi dans la bouche des réprouvés qui s'humilient et se condamnent eux-mêmes. » — Voyez les vers 268 et surtout 1278 de Phèdre.

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