AUTRE BILLET A ANTOINE VITART
Quoi donc? cher cousin, ce silence,
Ces froideurs, cette négligence
Ne pourront point avoir de fin?
Soit en françois, soit en latin,
Soit en poésie ou en prose, 5
Tout au moins j'écris quelque chose.
Pouvez-vous manquer de sujets
En lieu^ plein de tant d'objets,
Où tous les jours mille merveilles
Frappent les yeux et les oreilles? lo
Quand vous n'iriez de vos fauxbour
Que jusqu'au collège d'Harcour,
1. Cette étrange rime, ainsi que celle qu'on a déjà vue aux vers 40 et 41, et celle qu'on verra plus has aux vers Sa et 53, prouve avec quelle négligence Racine écrivait ces enfantillages.
2. Racine a fait ici lieu de deux syllal)es, à moins qu'il n'y ait une faute du copiste, et qu'il ne faille lire : en un lieu.
AUX POÉSIES DIVERSES. 2o3
Ce qui se fait, ce qui se passe
En ce grand et ce long espace
Ne paroît-il pas vous fournir i5
Assez de quoi m'entretenir ?
Là l'on voit crier les gazettes
Des victoires et des défaites,
Les combats du roi polonois
Contre le prince suédois ' ; 20
Ici l'on entend la censure,
La honte et la déconfiture
Des pauvres Augustiniens
Sous le nom de Janséniens*.
D'autre part on crie au contraire aS
La sentence du grand vicaire^,
L'hymne*, l'histoire et le journal
Des miracles de Port-Royal^.
Enfin l'on ne voit que nouvelles,
Que li'\Tes, qu'écrits, que libelles. 3o
En tous quartiers, de tous côtés
On ne trouve que raretés.
Comment peux-tu donc, cher .\ntoine,
Sinon par mépris et par haine,
Vivre comme un silencieux 35
Dans le règne des curieux?
Si ce soupçon n'est véritable,
Au moins il est bien vraisemblable.
Quoi qu'il en soit, de tout mon cœur
Je suis votre humble serviteur. 4**