‹ Œuvres;Chapitre 102 sur 422 · Lettre n · texte numérisé non relu

Lettre n

NOTICE

se comprendrait pas aussi facilement que celle de la Thébaïde et de \ Alexandre ^ deux tragédies qui depuis longtemps ont à peu près disparu de la scène. La comédie de Racine s'y est au contraire maintenue, et y excite toujours la gaieté la plus franche et du meilleur aloi : on peut affirmer qu'elle n'a pas vieilli, quelques changements heureux que le temps ait apportés et dans nos mœurs judiciaires et dans l'éloquence de notre barreau. Loin de paraître une production inférieure d'un esprit sorti un moment de sa Yoie, elle inspire seulement le regret que le loisir ait manqué à R.acine pour faire quelques autres tentatives dans un genre où il eût certainement continué d'exceller, soit qu'il eût encore avec autant de bonheur imité Aristophane, soit qu'il eût suivi de préférence le penchant qui le portait à prendre pour modèle l'élégance de Térence, la douceur charmante et la vérité de ses peintures morales. De toute façon il eût eu , comme dans les Plaideurs^ son originalité ; et le voisinage de l'incomparable Molière ne l'eût pas trop écrasé, parce que sa manière, on. le voit bien, eût été toute différente.

Les acteurs du Théâtre-Français, qui ont toujours conservé les traditions de la bonne comédie, ont joué de tout temps et jouent aujourd'hui encore les Plaideurs avec beaucoup d'intelligence et de verve. Il serait difficile de nommer tous les comédiens que le public y a tour à tour applaudis. Pour ne parler que des temps déjà un peu anciens, on cite de 1702 à 1740 Dangeville, qui excellait, dit-on, dans le rôle de Chicanneau^; plus tard Baptiste cadet, dont les débuts remontent à 1792, qui ne prit sa retraite qu'en 1822, et reparut même, après i83o, dans quelques représentations , a laissé le souvenir d'une bouffonnerie inimitable dans le rôle de Perrin Dandin.

Pour les variantes àes Plaideurs, les éditions dont nous avons I. Le Mazurier, Galerie historique des acteurs^ tome I, p. 209.

LES PLAIDEURS

fait usage sont d'abord celle de 1669*, édition séparée el la première de toutes, puis les différentes éditions collectives dont il a été fait mention à l'occasion des pièces précédentes. Notre texte est, comme pour les tragédies, celui de 1697,

AU LECTEUR

Quand je lus les Guêpes d'Aristophane, je ne songeois guères que j'en dusse faire les Plaideurs. J'avoue qu'elles me divertirent beaucoup, et que j'y trouvai quantité de plaisanteries qui me tentèrent d'en faire part au public *, mais c'étoit en les mettant dans la bouche des Italiens à qui je les avois destinées, comme une chose qui leur appartenoit de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres, le chien criminel, et les larmes de sa famille, me sembloient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur^ interrompit mon

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