ACTE I, SCÈNE V
Tout auprès de son juge il s'est venu loger : L'un veut plaider toujours, l'autre toujours juger. Et c'est un grand hasard s'il conclut votre affaire t 3 5 Sans plaider le curé, le gendre et le notaire.
LÉANDRE
Je le sais comme toi. Mais, malgré tout cela, Je meurs pour Isabelle.
Hé bien! épousez-la.
Vous n'avez qu'à parler : c'est une affaire prête.
LÉANDRE
Hé î cela ne va pas si vite que ta tête. i 40
Son père est un sauvage à qui je ferois peur *.
A moins que d'être huissier, sergent ou procureur,
On ne voit point sa fille ; et la pauvre Isabelle,
Invisible et dolente, est en prison chez elle.
Elle voit dissiper sa jeunesse en regrets ^, i45
Mon amour en fumée, et son bien en procès.
li la ruinera si l'on le laisse faire.
Ne connoîtrois-tu point quelque honnête faussaire
Qui servît ses amis, en le payant, s'entend,
Quelque sergent zélé ?
l'intimé.
Bon ! l'on en trouve tant ! 1 5 o
LÉANDRE
Mais encore ?
l'intimé.
Ah ! Monsieur , si feu mon pauvre père Etoit encor vivant, c'étoit bien votre affaire.
1 . Dans l'édition de 1669, il n'y a qu'une virgule à la fin de ce vers; point et virgule à la fin du vers suivant.
2. Pour le tour de cette phrase, voyez la note sur le vers i4iO d'Androîuaque. Racine a dit aussi dans Britannicus (vers 979) :
J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice.
LES PLAIDEURS
Il gagnoiten un jour plus qu'un autre en six mois ; Ses rides sur son front gravoient tous ses exploits*. Il vous eût arrêté le carrosse d'un prince ; i 5 5
Il vous l'eût pris lui-même ; et si dans la province Il se donnoit en tout vingt coups de nerfs de bœuf, Mon père, pour sa part, en emboursoit dix-neuf^. Mais de quoi s'agit-il? Suis-je pas fils de maître ' ? Je vous servirai.
LÉANDRE
Toi?
l'intime.
Mieux qu'un sergent peut-être. 1 6 o
LÉANDRE
Tu porterois au père un faux exploit ?
l'intimé.
Honlhon*!
LÉANDRE
Tu rendrois à la fille un billet ?
l'intimé.
Pourquoi non?
Je suis des deux métiers .
Viens, je l'entends qui crie.
Allons à ce dessein rêver ailleurs.