chapitre xxxix
3. La requête civile est celle qu'on présente à une cour souveraine, pour en obtenir qu'elle revoie et juge de nouveau la même affaire sur laquelle elle a déjà rendu un arrêt définitif aiiquel il n'y a plus lieu de former opposition.
J. Racine, ii ii
LES PLAIDEURS
CHICANNEAU.
J' y brûlerai mes livres . 235
LA COMTESSE
Je....
Deux bottes de foin cinq à six mille livres* !
LA COMTESSE
Monsieur, tous mes procès alloient être finis ;
Il ne m'en restoit plus que quatre ou cinq petits :
L'un contre mon mari, l'autre contre mon père,
Et contre mes enfants. Ah ! Monsieur, la misère ! 240
Je ne sais quel biais ils ont imaginé,
Ni tout ce qu'ils ont fait ; mais on leur a donné
Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie,
On me défend, Monsieur, de plaider de ma>ie.
CHICANNEAU.
De plaider?
LA COMTESSE
De plaider.
CHICANNEAU.
Certes, le trait est noir. 245
J'en suis surpris.
LA COMTESSE
Monsieur, j'en suis au désespoir.
CHICANNEAU.
Comment, lier les mains aux gens de votre sorte ! Mais cette pension, Madame, est-elle forte ?
Je n'en vivrois. Monsieur, que trop honnêtement.
I . <c Les traits des poètes comiques paroissent quelquefois outrés , et ue le sont pas. Il est rapporte dans l'éloge historique de M. Boivin l'aîné qu'il soutint un procès j)our une redevance de vingt-quatre sols, dont il prétendoit qu'une maison qu'il avoit achetée en Normandie devoit être exempte. Ce procès, qu'il perdit, dura douze ans, et lui coûta douze raille livres de frais. » (Louis Racine, dans ses Remarques sur les Plaideurs.)
ACTE I, SCENE VII. i63 Mais vivre sans plaider, est-ce contentement? aSo
CHICANNEAU.
Des chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'âme, Et nous ne dirons mot ! Mais, s'il vous plaît, Madame, Depuis quand plaidez-vous ?
LA COMTESSE
Il ne m'en souvient pas ;
Depuis trente ans, au plus.
CHICANNEAU.
Ce n'est pas trop.
LA COMTESSE
Hélas !
CHICANNEAU.
Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage. 2 55
LA COMTESSE
Hé ! quelque soixante ans*.
Comment ! c'est le bel âge
Pour plaider.
LA COMTESSE
Laissez faire, ils ne sont pas au bout : J'y vendrai ma chemise ; et je veux rien ou tout.
CHICANNEAU.
Madame, écoutez-moi. Voici ce qu'il faut faire.
LA COMTESSE
Oui, Monsieur, je vous crois comme mon propre père.
CHICANNEAU.
J'irois trouver mon juge.
LA COMTESSE
Oh ! oui. Monsieur, j'irai.
CHICANNEAU.
Me jeter à ses pieds.
r. Dans les éditions de 1669-87 il y a : « quelques soixante ans. »
LES PLAIDEURS
LA COMTESSE
Oui, je m'y jetterai :
Je Tai bien résolu.
Mais daignez donc m'entendre.
LA COMTESSE
Oui, vous prenez la chose ainsi qu il la faut prendre.
CHICANNEAU.
Avez-vous dit, Madame ?
LA COMTESSE
Oui.
CHICANNEAU.
J'irois sans façon* 265
Trouver mon juge.
LA COMTESSE
Hélas ! que ce Monsieur est bon !
CHICANNEAU.
Si vous parlez toujours, il faut que je me taise.
LA COMTESSE
Ah ! que vous m'obligez ! Je ne me sens pas d'aise,
CHICANNEAU.
J'irois trouver mon juge, et lui dirois....
LA COMTESSE
Oui.
Voi^
Et lui dirois : Monsieur....
LA COMTESSE
Oui, Monsieur.
\. Far. Avez-vous dit, Madame ? ta comt. Oui, Monsieur, chic. J'irois donc.
2. L'édition de 1702 et la j)lupart des suivantes écrivent voi! ou voy ! avecun point d'exclamation. C'est en effet ici une interjection d'im[)atience. Nous avons trouvé deux exemples de l'exclamation : voj! dans la comédie du Champenois Pierre de Larivey, intitulée : les Jaloux (acte I, scène l, et acte II, scène i). Voyez V Ancien Théâtre français de la collection Jannet, tome VI, p. 9 et p. 21 .