ACTE I, SCÈNE VII
CHICANNEAU.
Liez-moi..
LA COMTESSE
Monsieur, je ne veux point être liée*.
i. Brossette, dans une note sur le vers io5 de la satire III de Boileau, dit que Racine dut l'idée de cette scène à un récit que lui fit Boileau : ce B. D. L., dit-il, cousin issu de germain de notre auteur [de Boileau) , étoit neveu de M. de L..., grand audiencier de France, qui lui avoit acheté une charge de président à la cour des Monnoies Il alloit souvent chez M. Boileau le greffier, frère aîné de M. Despréaux. Ce fut là que se passa entre ce même M. D. L. et la comtesse de Crissé cette scène plaisante et vive qui a été décrite par M. Racine sous les noms de Chicanneau et [de] la comtesse de Pimbêche. La comtesse de Crissé étoit une plaideuse de profession , qui a passé toute sa vie dans les procès, et qui a dissipé de grands biens dans cette occupation ruineuse. Le Parlement, fatigué de son obstination à plaider, lui défendit d'intenter aucun procès sans l'avis par écrit de deux avocats que la cour lui nomma. Cette interdiction de plaider la mit dans une fureur inconcevable. Après avoir fatigué de son désespoir les juges, les avocats et son procureur, elle alla encore porter ses plaintes à M. Boileau le greffier, chez qui se trouva par hasard M. de L... dont il s'agit. Cet homme, qui vouloit se rendre nécessaire partout, s'avisa de donner des conseils à cette plaideuse. Elle les écouta d'abord avec avidité; mais par un malentendu qui survint entre eux , elle crut qu'il vouloit l'insulter, et l'accabla d'injures. M. Despréaux, qui étoit présent à cette scène, en fit le récit à M. Racine , qui l'accommoda au théâtre et l'inséra dans la comédie des Plaideurs. Il n'a presque fait que la rimer. La première fois que l'on joua cette comédie, on donna à l'actrice qui représentoit la comtesse de Pimbêche un habit de couleur de rose sèche et un masque sur l'oreille qui étoit l'ajustement ordinaire de la comtesse de Crissé. » Le parent de Boileau que Brossette désigne par les initiales B. D. L. était Balthazard de Lyonne. Il n'étoit point cousin issu de germain de Boileau , mais son cousin au septième degré, comme l'établit M. Berriat-Saint-Prix , OEuvres de Boileau^ tome III, p. 478 [Erreurs de Brossette). Les autres inexactitudes que M. Berriat-Saint- Prix relève dans la note de Brossette, en ce qui concerne Balthazard de Lyonne, lui rendent suspecte l'historiette du commentateur. Toutefois le Menagiana , recueil plus ancien que le commentaire de Brossette, et imprimé du vivant de Racine, raconte la même anecdote, avec un peu moins de détails, et sans pouvoir nommer la Comtesse : « La scène des Plaideurs de M. Racine oix
Chicanneau se brouille avec la Comtesse est arrivée, de la même manière
qu'on la rapporte, chez M. Boileau le greffier. Chicanneau étoit M. le président de L****. Je ne sais point qui étoit la Comtesse, mais j'ai su autrefois son nom ; et il me souvient seulement que lorsqu'on la joua pour la première fois, on avoit conservé à celle qui la représentoit sur le théâtre un habit de couleur de rose sèche et un masque sur l'oreille, qui étoit l'ajustement ordinaire de cette comtesse. » [Menagiana, tome III, p. 24 et aS.)
LES PLAIDEURS
CHICANNEAU.
A Tautre !
Je ne la serai point.
CHICANNEAU.
Quelle humeur est la vôtre ?
LA COMTESSE
Non.
CHICANNEAU.
Vous ne savez pas, Madame, où je viendrai.
LA COMTESSE
Je plaiderai, Monsieur, ou bien je ne pourrai.
CHICANNEAU.
Mais....
LA COMTESSE
Mais je ne veux point, Monsieur, que Ton me lie.
CHICANNEAU.
Enfin, quand une femme en tète a sa folie....
LA COMTESSE
Fou vous-même.
CHICANNEAU.
Madame !
LA COMTESSE
Et pourquoi me lier ?
CHICANNEAU.
Madame....
Voyez-vous? il se rend familier.
CHICANNEAU.
Mais, Madame....
LA COMTESSE
, Un crasseux, qui n'a que sa chicane. Veut donner des avis î