I. L'cdiliori de 1670 a : employés
PREMIÈRE PRÉFACE. 247
le contraire de ce qu'ils devroient dire. Il faudroit, par exemple, représenter quelque héros ivre, qui se voudroit faire haïr de sa maîtresse de gaieté de cœur*, un Lacéde'monien grand parleur^, un conquérant qui ne débiteroit que des maximes d'amour % une femme qui donneroit des leçons de fierté à des conquérants*. Voilà sans doute de quoi faire récrier tous ces Messieurs. Mais que diroit cependant le petit nombre de gens sages auxquels je m'efforce de plaire? De quel front oserois-je me montrer, pour ainsi dire, aux yeux de ces grands hommes de l'antiquité que j'ai choisis pour modèles? Car, pour me servir de la pensée d'un ancien^, voilà les véritables
1. Allusion à l'Attila de Corneille, dans la pièce de ce nom. Les historiens « rapportent, dit Corneille dans son avis Au lecteur (tome VII, p. io5), qu'il avoit accoutumé de saigner du nez, et que les vapeurs du vin et des viandes dont il se chargea fermèrent le passage à ce sang , qui , après l'avoir étouffé , sortit avec violence par tous les conduits. » Et en effet, dans la scène m de l'acte V (vers i6o3 et 1604) on voit couler le sang d'Attila. C'est le dénoûment de la pièce qui commence. Il faut dire cependant qu'il s'agit moins d'une ivresse causée par les vapeurs du vin, que d'un mal auquel le roi des Huns est en proie depuis qu'il a tué son frère. Ce qui est rigoureusement exact , c'est qu'Attila veut de gaieté de cœur se faire haïr de sa maîtresse Ildione. Voyez la scène 11 de l'acte III (vers 879-892).
2. Agésilas ou Lysander, dans la tragédie d^Agésilas de Corneille.