Annales, livre XIII, chapitre i
2. Voyez ci- dessus la première préface Jndromaque, p. 35 et 36.
3. Narcisse se tua au commencement du règne de Néron. Voyez les Annales de Tacite, livre XIII, chapitre i; et ci-après, p. 256, note 2.
4. Corneille, qui est ici désigné, reconnaît lui-même, dans V Examen de son Héraclius , qu'il a pris cette licence : « J'ai prolongé de
BRITANNICUS
rable dans la chronologie, où Ton suppute les temps par les années des empereurs.
Junie ne manque pas non plus de censeurs. Ils disent que d'une vieille coquette, nommée Junia Silana , j'en ai fait une jeune fille très-sage. Qu'auroient-ils à me répondre si je leur disois que cette Junie est un personnage inventé, comme l'Emilie de Cinna^ comme la Sabine à' Horace? Mais j'ai à leur dire que s'ils avoient bien lu l'histoire, ils auroient trouvé une Junia Calvina, de la famille d'Auguste, sœur de Silanus, à qui Glaudius avoit promis Octavie. Cette Junie étoit jeune, belle, et, comme dit Sénèque, festwissima omnium puellarum^ , Elle aidouze ans la durée de l'empire de Phocas. » Voyez le Corneille de M. Marty-Laveaux, tome V, p. i52. Corneille parle aussi de cet anaclironisme, et l'excuse par les exemples des anciens, dans son avis Au lecteur. {Ibidem y p. i43 et i44-)
ï. « La plus charmante des jeunes femmes. ï Voici le passage de Sénèque [Apocolokjntose^ chapitre viii) : « Lucium Silanum, generum « suum, occidit. Oro, propter quid? Sororem suam, festivissimam « omnium puellarum, quam omnes Venerem vocarent , maluit Juno- «: nemvocare. » L'abbé du Bos [Réflexions critiques^ i^e partie, section xxix) fait la remarque suivante sur la Junie de Racine : oc Junia Calvina, l'amante de Britannicus, sur laquelle le poète prend soin de nous instruire dans sa préface, et qu'il a tant de peur que nous ne confondions avec Junia Silana, n'étoit point à Rome dans le temps de la mort de Britannicus.... Elle avoit été exilée à la fin du règne de Claude, et Néron ne la rappela de son exil que lorsqu'il voulut faire un certain nombre d'actions de bonté, afin d'adoucir les esprits aigris contre lui par le meurtre de sa mère. D'ailleurs le caractère que M. Racine s'est plu à donner à celte Junia Calvina est bien démenti
par l'histoire Plus d'une fois il lui fait dire en phrases poétiques
qu'elle n'a point vu le monde et qu'elle ne le connoît pas encore. Tacite, qui doit avoir vu Junia Calvina, puisqu'elle a vécu jusque sous le règne de Vespasien, dit dans l'histoire de Claudius (Annales , livre XII, chapitre iv) qu'elle étoit une effrontée. Avant que Claudius épousât Agrippine, elle avoit été mariée à Lucius Vitellius, le frère de Vitellius qui fut empereur dans la suite. Sénèque, dans la satire ingénieuse qu'il écrivit sur la mort de l'empereur Claudius, parle de Junia Calvina en homme qui la tenoit réellement coupable
PREMIÈRE PRÉFACE
nioit tendrement son frère ; « et leurs ennemis , dit Tacite , les accusèrent tous deux d'inceste, quoiqu'ils ne fussent coupables que d'un peu d'indiscrétion*. » Si je la représente^ plus retenue qu'elle n'ëtoit, je n'ai pas ouï dire qu'il nous fût défendu de rectifier les mœurs d'un personnage, surtout lorsqu'il n'est pas connu.
L'on trouve étrange qu'elle paroisse sur le théâtre après la mort de Britannicus. Certainement la délicatesse est grande de ne pas vouloir qu'elle dise en quatre vers assez touchants qu'elle passe chez Octavie^ Mais, disent-ils, cela ne valoit pas la peine de la faire revenir. Un autre l'auroit pu raconter pour elle. Ils ne savent pas qu'une des règles du théâtre est de ne mettre en récit que
du crime d'inceste avec son propre frère, pour lequel elle avoit été exilée sous le règne de ce prince. M. Racine rapporte une partie du passage de Sénèque, d'une manière à faire croire qu'il ne l'a pas lu tout entier.,.. Il ne nous dit pas ce que Sénèque ajoute, que Junia Calvina paraissoit une Vénus à tout le monde, mais que son frère aimoit mieux en faire sa Junon.... M. Racine suppose, dans sa préface, que l'âge seul de Junia Calvina l'empêcha d'être reçue chez les Vestales, puisqu'il pense avoir rendu sa réception dans leur collège vraisemblable, en lui faisant donner par le peuple une dispense d'âge, événement ridicule par rapport à ce temps-là, où le peuple ne faisoit plus les lois. Mais outre que l'âge de Jimia Calvina étoit trop avancé pour sa réception parmi les Vestales, il y avoit encore plusieurs raisons qui rendoient sa réception dans leur collège impossible. » Ces observations sont exactes, mais bien rigoureuses. Racine aurait dû, pour en finir avec les chicanes, se contenter de répondre, comme il se montre d'abord tenté de le faire, qu'il avait inventé le personnage de Junie. C'était son droit de poète.
1. « Fratrum, non incestum, sed incustoditum , amorem ad infaff miam traxit {Vitellius). y> {Annales^ livre XII, chapitre iv.)
2. M. Aimé-Martin et, avant lui, les éditeurs de 1807 et de 1808 ont changé représente en présente,
3. Plus tard, ayant reconnu sans doute quelque vérité dans la critique qu'il cherche ici à repousser , Racine se décida à supprimer la scène où se lisaient ces quatre vers, et qui ne se trouve que dans l'édition de 1670, où elle estlavi^ de l'acte V. Voyez la variante du vers 1647.
BRITANNICUS
les choses qui ne se peuvent passer en action; et que tous les anciens font venir souvent sur la scène des acteurs qui n'ont autre cliosc à dire, sinon qu'ils viennent d'un endroit, et qu'ils s'en retournent en un autre.
Tout cela est inutile, disent mes censeurs. La pièce est finie au récit de la mort de Britannicus, et l'on ne devroit point écouter le reste. On l'écoute pourtant , et même avec autant d'attention qu'aucune fin de tragédie. Pour moi, j'ai toujours compris que la tragédie étant l'imitation d'une action complète , où plusieurs personnes concourent, cette action n'est point finie que l'on ne sache en quelle situation elle laisse ces mêmes personnes. C'est ainsi que Sophocle en use presque partout. C'est ainsi que dans Y Antigone il emploie autant de vers à représenter la fureur d'Hémon et la punition de Créon après la mort de cette princesse, que j'en ai employé* aux imprécations d'Agrippine, à la retraite de Junie, à la punition de Narcisse , et au désespoir de Néron , après la mort de Britannicus.
Que faudroit-il faire pour contenter des juges si difficiles? La chose seroit aisée, pour peu qu'on voulût trahir le bon sens. Il ne faudroit que s'écarter du naturel pour se jeter dans l'extraordinaire. Au lieu d'une action simple, chargée de peu de matière, telle que doit être une action qui se passe en un seul jour, et qui s' avançant par degrés vers sa fin, n'est soutenue que par les intérêts, les sentiments et les passions des pei'sonnages, il faudroit remplir cette même action de quantité d'incidents qui ne se pourroient passer qu'en un mois, d'un grand nombre de jeux de théâtre, d'autant plus surprenants qu'ils seroient moins vraisemblables, d 'une infinité de déclamations où l'on feroit dire aux acteurs tout