‹ Œuvres;Chapitre 188 sur 422 · C'est la préface de 1676 et des éditions suivantes · texte numérisé non relu

C'est la préface de 1676 et des éditions suivantes

2. Comme avait fait Corneille dans une de ses éditions du Cidf et plus tard de la Mort de Pompée,

SECONDE PRÉFACE

est entre les mains de tout le monde ; et je me contenterai de rapporter ici quelques-uns de ses passages sur chacun des personnages que j'introduis sur la scène.

Pour commencer par Néron, il faut se souvenir qu'il est ici dans les premières années de son règne, qai ont été heureuses, comme l'on sait. Ainsi il ne m'a pas été permis de le représenter aussi méchant qu'il a été depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux, car il ne l'a jamais été. Il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs ; mais il a en lui les seiTiences de tous ces crimes. Il commence à vouloir secouer le joug. Il les hait les uns et les autres, et il leur cache sa haine sous de fausses caresses : Factus natura çelare odium fallacïbus hlanditiis * . En un mot, c'est ici un monstre naissant, mais qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions : Hactenus Nero flagitiis et scelerïbus çelamenta quœswit^. Il ne pouvoit souffrir Octavie, princesse d'une bonté et d'une vertu exemplaire : Fato quodam^ an quia prsevalent illicita; metuehaturque ne in stupra feminarum illustrium prorum.peret^ ,

Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite, qui dit que Néron porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avoit une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés : Cujus abditis adhuc witiis mire congruehat'' , Ce

1. « Formé par la nature à voiler sa haine sous de fausses caresses. » (Tacite, Annales^ livre XIV, chapitre lvi.)

2. « Néron, jusque-là , chercha à voiler ses vices et ses crimes. » {Ibidem^ livre XIII, chapitre xlvii.)

3. « Soit fatalité, soit attrait des plaisirs défendus ; et l'on craignait que, dans l'emportement de ses passions, il ne déshonorât les femmes de la plus illustre naissance. » {Ibidem^ livre XIII , chapitre xii.)

4. Annales y livre XIII, chapitre i. Racine vient de traduire cette phrase.

BRITANNICUS

passage prouve deux choses : il prouve et que Néron étoit déjà vicieux, mais qu'il dissimuloit ses vices, et que Narcisse Fentretenoit dans ses mauvaises inclinations.

J'ai choisi Burrhus pour opposer un honnête homme à cette peste de cour; et je l'ai choisi plutôt que Sénèque. En voici la raison : ils étoient tous deux gouverneurs de la jeunesse de Néron, l'un pour les armes, l'autre pour les lettres; et ils étoient fameux, Burrhus pour son expérience dans les armes et pour la sévérité de ses mœurs, militaribus curis et severitate morum; Senèque pour son éloquence et le tour agréable de son esprit, Seneca prœceptis eloquentise et comitate honesta^. Burrhus, après sa mort, fat extrêmement regretté à cause de sa vertu : Cwitati grande desiderium ejus mansit per memoriam virtutis ^ .

Toute leur peine étoit de résister à l'orgueil et à la férocité d'Agrippine, guse^ cunctis malse dominationis cupidinîhus flagrans^ hahehat in partibus Pallantem} , Je ne dis que ce mot d'Agrippine, car il y auroit trop de choses à en dire. C'est elle que je me suis surtout efforcé de bien exprimer, et ma tragédie n'est pas moins la disgrâce d'Agrippine que la mort de Britannicus. Cette mort fut un coup de foudre pour elle, et il parut, dit Tacite, par sa frayeur et par sa consternation, qu'elle étoit aussi innocente de cette mort qu'Octavie. Agrippine perdoit en lui sa dernière espérance, et ce crime lui en faisoit craindre un plus grand : Sibi supremum auxilium ereptum^ et parricidii exemplum intelligebat'^ ,

Page 1