AGRIPPINE, ALBINE
ALBINE
Quoi ? tandis que Néron s'abandonne au sommeil, Faut-il que \ous veniez attendre son réveil * ? Qu'errant dans le palais sans suite et sans escorte , La mère de César veille seule à sa porte? Madame , retournez dans votre appartement. 5
AGRIPPINE
Albine , il ne faut pas s'éloigner un moment.
Je veux l'attendre ici. Les chagrins qu'il me cause
M'occuperont assez tout le temps qu'il repose.
I . Il y a dans les Plaideurs deux vers qui ont quelque ressemblance avec ceux-ci. Ils sont dans les variantes de l'acte III, scène i (ci-dessus, p. 200) :
Le beau plaisir d'aller, tout mourant de sommeil, A la porte d'un juge attendre son réveil !
Mais on comparerait mieux peut-être ce début de Britannicus avec les vers suivants de Juvénal :
Sedet ad prœtnria Régis
Donec Bithyno libeat vigilare tjrunno.
(Satire X, vers 160 et 161.)
•256 - BRITANNICUS
Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré :
Contre Britannicus Néron s'est déclaré ; i c
L'impatient Néron cesse de se contraindre ;
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.
Britannicus le gêne, Albine ; et chaque jour
Je sens que je deviens importune à mon tour.
ALBINE
Quoi? vous à qui Néron doit le jour qu'il respire, i 5
Qui l'avez appelé de si loin à l'Empire ?
Yous qui déshéritant le fils de Glaudius,
Avez nommé César l'heureux Domitius * ?
Tout lui parle , Madame, en faveur d'Agrippine ;
Il vous doit son amour.
AGRIPPINE
Il me le doit , Albine : i o
Tout, s'il est généreux, lui prescrit cette loi ; Mais tout, s'il est ingrat , lui parle contre moi.
ALBINE
S'il est ingrat. Madame ! Ah ! toute sa conduite Marque dans son devoir une âme trop instruite. Depuis trois ans entiers, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait 2 5 Qui ne promette à Rome un empereur parfait ? Rome, depuis deux ans, par ses soins gouvernée^, Au temps de ses consuls croit être retournée :
1 . C'était, comme l'on sait, le nom de Néron avant son adoption par Claude. Voyez ci-après, p. 257, note 2, quelques détails sur les Domitius.
2. Far. Rome, depuis trois ans, par ses soins gouvernée. (1670 6176)
— Le changement de a trois ans » en « deux ans, » fait par Racine dans son édition de 1687 et conservé dans celle de 1697, lui a paru nécessaire, comme s'éloignant beaucoup moins de la date exacte. Néron était monté sur le trône au milieu d'octobre de l'an 54 après Jésus-Clirist, et il empoisonna Britannicus avant le printemps de l'an 55. Dans les éditions publiées au commencement du dix-huitième siècle, les unes, par exemple celles de 1700 (Amsterdam) et de 1736, ont gardé l'ancienne leçon trois ans; les autres, comme celles de 1702, de 17 13 et de 1728, ont adopté la correction deux ans. Les éditions moderne» (1807, 1808 et M. Aimé-Martin) s'accordent à donner trois ans, et ne raentionneut même pas deux comme variante.