SCÈNE PREMIÈRE
NÉRON, BURRHUS, NARCISSE, Gardes.
N'en doutez point, Burrhus : malgré ses injustices,
C'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices*. 36o
Mais je ne prétends plus ignorer ni souffrir
Le ministre insolent qui les ose nourrir.
Pallas de ses conseils empoisonne ma mère ^ ;
Il séduit chaque jour Britannicus mon frère.
Ils l'écoutent tout seul ; et qui suivroit leurs pas ' , 3 6 5
Les trouveroit peut-être assemblés chez Pallas.
C'en est trop. De tous deux il faut que je l'écarté.
Pour la dernière fois, qu'il s'éloigne, qu'il parte :
Je le veux, je l'ordonne; et que la fin du jour
Ne le retrouve pas dans Rome ou dans ma cour. 370
Allez : cet ordre importe au salut de l'Empire.
Vous, Narcisse, approchez. Et vous, qu'on se retire.
1. Ce vers est presque une triiduction du passage de Tacite où Néron se plaît à répéter qu'il faut supporter les emportements d'une mère : « ferendas a parentum iracundias, et placandum animum dictitans. » [Annales, livre XIV; chapitre iv.)
2. Nous avons déjà parlé de Pallas à la note du vers 3o4. Claude lui avait confié une puissance qui mettait, pour ainsi dire, l'Etat dans ses mains : ce Cura « rerura queis a Claiulio impositus [Pallas) velut arbitrium regni agebat. » (Tacite, Annules, livre XIII, chapitre xiv.) Suétone nous aj^prcnd que ce ministère confié à Palhis était l'administration du trésor de l'Empereur : Pallantem a vationihus. [Claude, chapitre xxviii.)
3. Far. Ils l'écoutent lui seul ; et qui suivroit leurs pas. (1G70)