ACTE II, SCÈNE III
NÉRON
Je pouvois de ces lieux lui défendre F entrée ;
Mais , Madame , je veux prévenir le danger 66 5
Où son ressentiment le pourroit engager.
Je ne veux point le perdre. Il vaut mieux que lui-même
Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.
Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous,
Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux. 670
De son bannissement prenez sur vous l'offense ;
Et soit par vos discours , soit par votre silence ,
Du moins par vos froideurs , faites-lui concevoir
Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.
Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère ! 675 Ma bouche mille fois lui jura le contraire. Quand même jusque-là je pourrois me trahir, Mes yeux lui défendront, Seigneur, de m' obéir.
NÉRON
Caché près de ces lieux, je vous verrai, Madame.
Renfermez votre amour dans le fond de votre âme. 680
Vous n'aurez point pour moi de langages secrets :
J'entendrai des regards que vous croirez muets ;
Et sa perte sera l'infaillible salaire
D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.
JUNIE
Hélas ! si j'ose encor former quelques souhaits , 68 5 Seigneur, permettez-moi de ne le voir jamais!
BRITAINNICUS.