SCÈNE VIIL NÉRON, NARCISSE
NÉRON
Hé bien ! de leur amour tu vois la violence,
Narcisse : elle a paru jusque dans son silence.
Elle aime mon rival, je ne puis l'ignorer ;
Mais je mettrai ma joie à le désespérer. 760
Je me fais de sa peine une image charmante ,
Et je Fai vu douter du cœur de son amante.
Je la suis. Mon rival t'attend pour éclater.
Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter ;
Et tandis qu'à mes yeux on le pleure, on l'adore, 755
Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore.
NARCISSE, seul*.
La fortune t'appelle une seconde fois,
I. liOuis'Kacine [Remarques sur Britaniiicus) nous ap'pren.i que très-souvent l'acteur chargé du rôle de Narcisse ne pouvait prononcer les quatre vers qui suivent, à cause du murmure qu'excitait l'indignation des spectateurs. La Harpe
J. Racine, ii 19
BRITANNICUS
Narcisse : voudrois-tu résister à sa voix?
Suivons jusques au bout ses ordres favorables ;
Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables*.
affirme le même fait, et,, donnant raison aux spectateurs, regrette que Boileau n'ait pas fait retrancher à Racine ce court monologue plutôt que la scène qui autrefois commençait l'acte III. Voltaire jugeait-il autrement de ces vers, ou les avait-il oubliés? Il est à remarquer du moins que dans le commentaire de la Mort de Pompée, blâmant le langage atroce mis par Corneille dans la bouche de Photin, il dit : « Narcisse, dans Britannicus,.., ne débite aucune de ces maximes d'un vain déclamateur. r, Mais, suivant qu'il s'agit de Corneille ou de Racine, n'a-t-il pas cl)angé de poids et de mesure? Voyez le rapprochement que nous faisons dans la note suivante.
I. Dans la Mort de Pompée (acte I, scène i, vers 80-84), Photin parle à peu près de même :
Rangez-vous du parti des destins et des Dieux — Quels que soient leurs décrets, déclarez-vous pour eux ; Et pour leur obéir, perdez le malheureux.
FIN DU SECOND ACTE