ACTE III, SCÈt/e III
Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine : 8 35
Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine.
Le fils de Claudius commence à ressentir
Des crimes dont je n'ai que le seul repentir.
J'irai, n'en doutez point, le montrer à l'armée,
Plaindre aux yeux des soldats son enfance' opprimée,
Leur faire, à mon exemple, expier |eur erreur.
On verra d'un côté le fils d'un empereur
Redemandant la foi jurée à sa famille.
Et de Germanicus on entendra la fille;
De l'autre, l'on verra le fils d'Enobarbus * , 845
Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus,
Qui tous deux de l'exil rappelés par moi-même,
Partagent à mes yeux l'autorité suprême.
De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit :
On saura les chemins par où je l'ai conduit. 8 5 o
Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses,
J'avoûrai les rumeurs les plus injurieuses :
Je confesserai tout , exils , assassinats ,
Poison même^
BURRHUS
Madame , ils ne vous croiront pas.
Ils sauront récuser l'injuste stratagème 8 5 5
D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même. Pour moi , qui le premier secondai vos desseins 5
1. Nous avons dit à la note du vers 36 que Néron était fils de Cneius Domitius ^nobarbiis.
2. Toute cette tirade d'Agrippine est imitée de Tacite [Annales, livre XIII, chapitre xiv) : « Prœceps post haec Agrippina ruere ad terrorem et minas... : a adultum jam esse Britannicum, veram dignamque stirpem suscipiendo patris « imperio, quod insitus et adoptivus per injurias matris exerceret. Non ab- « nuere se quin cuncta infelicis domus mala patefierent, suae in primis nuptiae, (c suum veneficium. Id solum Diis et sibi provisum quod viveret privignus : « ituram cum illo in castra ; audiretur hinc Germanici filia , debilis rursus « Burrus et exsul Seneca , trunca scilicet manu et professoria lingua, generis « humani regimen expostulantes. »
Qui fis même jurer Tarmée entre ses mains,
Je ne me repens point de ce zèle sincère.
Madame, c'est un fils qui succède à son père. 860
En adoptant Néron , Claudius par son choix
De son fils et du vôtre a confondu les droits.
Rome l'a pu choisir. Ainsi , sans être injuste,
Elle choisit Tibère adopté par Auguste* ;
Et le jeune Agrippa, de son sang descendu^, 86 5
Se vit exclus du rang vainement prétendu'.
Sur tant de fondements sa puissance établie
Par vous-même aujourd'hui ne peut être affoiblie;
Et s'il m'écoute encor, Madame , sa bonté
Vous en fera bientôt perdre la volonté. 870
J'ai commencé, je vais poursuivre mon ouvrage.