NERON, NARCISSE
NARCISSE
Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste.
Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste *
A redoublé pour moi ses soins officieux :
Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ;
Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie, 1 395
Que le nouveau poison que sa main me confie.
NÉRON
Narcisse, c'est assez; je reconnois ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.
NARCISSE
Quoi ? pour Britannicus votre haine afPoiblie Me défend....
NÉRON
Oui, Narcisse, on'nous réconcilie. 1400
NARCISSE
Je me garderai bien de vous en détourner,
Seigneur; mais il s'est vu tantôt emprisonner :
Cette offense en son cœur sera longtemps nouvelle.
Il n'est point de secrets que le temps ne révèle :
Il saura que ma main lui devoit présenter 1405
Un poison que votre ordre avoit fait apprêter.
I. Locuste fut longtemps comptée, dit Tacite {Annales, livre XII, chapitre Lxvi), parmi les instruments d'État, <c diu inter instrumenta regni hait bita. )) C'était elle qui avait préparé le poison dont mourut Claude. Suétone (iVérora, chapitre xxxiii) dit que Néron dpmanda à Locuste le poison qu'il voulait donner à Britannicus, et que l'essai en fut fait sur un bouc et sur un pourceau. Tacite {Annales, livre XIII , chapitre xv) raconte que l'agent choisi par Néron pour l'empoisonnement de Britannicus fut Julius Pollion, tribun d'une cohoite prétorienne, qui tenait sous sa garde Locuste, alors condamnée pour ses crimes.