‹ Œuvres;Chapitre 268 sur 422 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

« Prince, par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse,

Protège en ce moment le reste de ta race.

Rome dans ton palais vient de voir immoler

Le seul de tes neveux qui te pùt ressembler.

On veut après sa mort que je lui sois parjure; 1735

Mais pour lui conserver une foi toujours pure,

Prince, je me dévoue à ces dieux immortels

Dont ta vertu t'a fait partager les autels. »

Le peuple cependant, que ce spectacle étonne,

Vole de toutes parts, se presse, l'environne, 1740

S'attendrit à ses pleurs; et plaignant son ennui,

D'une commune voix la prend sous son appui.

Ils la mènent au temple, où depuis tant d'années

Au culte des autels nos vierges destinées

Gardent fidèlement le dépôt précieux 1745

Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux.

César les voit partir sans oser les distraire.

Narcisse, plus hardi, s'empresse pour lui plaire.

Il vole vers Junie *, et sans s'épouvanter,

D'une profane main commence à l'arrêter. 1750

De mille coups mortels son audace est punie;

Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

César, de tant d'objets en même temps frappé.

Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé.

Il rentre. Chacun fuit son silence farouche ; 1755

Le seul nom de Junie échappe de sa bouche.

Il marche sans dessein ; ses yeux mal assurés

N'osent lever au ciel leurs regards égarés ;

Et l'on craint, si la nuit jointe à la solitude

Vient de son désespoir aigrir l'inquiétude, 1760

Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours,

Que sa douleur bientôt n'attente sur ses jours.

Le temps presse: courez. Il ne faut qu'un caprice,

Il se perdroit, Madame,

34o BRITANNICUS.

AGRIPPINE

Il se feroit justice.

Mais, Burrhus, allons voir jusqu'où vont ses transports. Voyons quel changement produiront ses remords, S'il voudra désormais suivre d'autres maximes.

BURRHUS

Plùt aux Dieux que ce fût le dernier de ses crimes !

FIN DU CINQUIÈ^ME ET DEKiNlER ACTE.

BÉRÉNICE

TRAGÉDIE

NOTICE

Il n'y a rien de plus connu que l'historique de la tragédie de Bérénice^ et les circonstances dans lesquelles Racine, pour complaire à la duchesse d'Orléans, engagea ce duel avec le] grand Corneille. L'abbé du Bos en a parlé dans ses Réflexions \ critiques^ ^ Fontenelle dans sa Vie de Corneille^ Louis Racine dans ses Mémoires et dans l'Examen de Bérénice; Voltaire , avec plus de détails , au chapitre xxv du Siècle de Louis XIV ^ et dans la préface de son commentaire des deux tragédies rivales^. Il peut rester quelque doute sur le sens allégorique qu'on voulait donner à la séparation douloureuse de Titus et de Bérénice; mais ce qui n'en admet aucun, d'après les divers témoignages que nous venons de rappeler dans leur ordre chronologique, c'est que le sujet fut choisi par l'aimable princesse à qui Racine avait dédié son Andromaque ^ et attribué quelque « soin de la conduite » de cette tragédie. On pourrait cependant s'étonner de voir les deux poètes, dont les pièces furent jouées quelques mois après la mort de celle qui les leur avait demandées, garder un silence si discret sur l'ordre qu'ils avaient reçu. Corneille en tète de son Tite n'a pas d'avis Au lecteur. Racine , dans la préface de Bérénice , ne nomme pas Henriette d'Angleterre. A l'entendre, il semblerait que de luimême il s'était senti porté vers ce sujet , dont le pathétique et la simplicité l'avaient séduit; et, comme pour nous dérouter davantage, l'épître dédicatoire est adressée à Colbert, dont la

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