‹ Œuvres;Chapitre 27 sur 422 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Qu'il s*essaîra sur vous à combattre contre eux.

PYRRHUS

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée. De soins plus importants je Fai crue agitée , Seigneur ; et sur le nom de son ambassadeur, 1 7 5

J'avois dans ses projets conçu plus de grandeur. Qui croiroit en effet qu'une telle entreprise Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise ; Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant , N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant * ? 180 Mais à qui prétend-on que je le sacrifie ? La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie ? Et seul de tous les Grecs ne m'est-il pas permis D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis ^ ? Oui, Seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Troie Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie , Le sort , dont les arrêts furent alors suivis , Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils. Hécube près d' Ulysse acheva sa misère ; Cassandre dans Argos a suivi votre père ^ : 190 Sur eux, sur leurs captifs ai-je étendu mes droits? Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits? On craint qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse * ; Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse.

I, Partis in pueri necem.

{Troyennes de Sénèque, vers 756.) /^ar. D'ordonner des captifs que le sort m'a soumis. (1668-76) 3. On peut voir dans les Troyennes d'Euripide (vers 289 et suivants) la scène où Talthybius vient annoncer à Hécube et aux autres captives à quel maître le sort a donné chacune d'elles.

4 Tt TovtJ', 'Ap^Kiot, TiouScf. (JsiVavTSç, fôvov

Katvov §Lsipy6(.aci.Gdz • f/.y] Tpocav TTorè

Ilec-oûcrav ôpduiasiev ;

nô^scoç <J' (k).ovaYi(;, y.oà^puy(âv èjsôap/Aevcoy ,

Bps'jîoç rOGQvS' èSsCaa.is.

{Trojennes d'Euripide, vers Ii56-ii62.) J. Racine, ii 4

ANDROMAQUE

Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin : 195

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

Je songe quelle étoit autrefois celte ville ,

Si superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de l'Asie ; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin. 200

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes ,

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes.

Un enfant dans les fers; et je ne puis songer

Que Troie en cet état aspire à se venger * .

Ah ! si du fils d'Hector la perte étoit jurée, 2 o 5

Pourquoi d'un an entier Tavons-nous différée ?

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler?

Sous tant de morts , sous Troie il falloit l'accabler.

Tout étoit juste alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense ; 210

La victoire et la nuit , plus cruelles que nous ,

Nous excitoient au meurtre, et confondoient nos coups.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère ^.

Mais que ma cruauté survive à ma colère ?

Que malgré la pitié dont je me sens saisir, 2 1 5

Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir? [proie ;

Non, Seigneur. Que les Grecs cherchent quelque autre

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