RA-CINE
PRÉFACE
PRÉFACE
Titus reginam Berenicen , cui etiam nuptias pollicitus ferehatur^ statim ah urhe dimisit irwitus hwitam^ . ^ Cest-à-dire que « Titus, qui aimoit passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyoit, lui avoit promis de Tépouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire. »/ Cette action est très-fameuse dans Fhistoire; et je Fai trouvée très-propre pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvoit exciter. En elFet, nous n'avons, rien de plus touchant dans tous les poëtes , que la séparation d'Enée et de Didon, dans Virgile. Et qui doute que ce qui a pu fournir assez de matière pour tout un chant d'un poëme héroïque , où l'action dure plusieurs jours ^, ne puisse sufEre pour le sujet d'une tragédie, dont la durée ne doit être que de quelques heures ^ ? Il est vrai que je n'ai point poussé Bérénice jusqu'à se tuer comme
1. Suétone, Titus ^ chapitre vu. — Racine, dans cette citation, a mêlé deux phrases de Suétone, séparées par un assez grand intervalle; et devant les mots : cui etiam nuptias^ il n'a pas cité ceux- ci : propter insignem reginae Bérénices amorem, que traduit cependant sa phrase : « qui aimoit passionnément Bérénice. » Corneille, dans la dernière scène de Tite et Bérénice (vers 1726), a rendu très-exactement F vilus invitant de Suétone. A Tite qui lui dit :
L'amour peut-il se faire une si dure loi?
Bérénice répond :
La raison me la fait malgré vous, malgré moi.
2. Après les mots : « où l'action dure plusieurs jours, » il y a dans l'édition de 167 1 : ï et où la narration occupe beaucoup de place. »
3 . Cette fin de phrase : <t dont la durée ne doit être que de quelques heures, » manque dans l'édition de 1671.
Didon, parce que Bérénice n'ayant pas ici avec Tilus les (derniers engagements que Didon avoit avec Enée, elle n'est pas obligée comme elle de renoncer à la vie. A cela près, le dernier adieu qu'elle dit à Tilus, et l'efFort qu'elle se fait pour s'en séparer, n'est pas le moins tragique de la pièce ; et j'ose dire qu'il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l'émotion que le reste y avoit pu exciter./Ce n'est point une nécessité qu'il y ait j du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que Faction en soit grande, que les acteurs en soieijt béroï- „^ ques, que les passions y soient excitées, et que^tout s'y \ ressente de cette tristesse jnajestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. y
Je crus que je pourrois rencontrer toutes ces parties dans mon sujet. Mais ce qui m'en plut davantage, c'est que je le trouvai extrêmement simple. Il y avoit long- Uemps que je voulois essayer si je pourrois faire une tra- |gédie avec cette simplicité d'action qui a été si fort du goût des anciens. Car c'est un des premiers préceptes qu'ils nous ont laissés. « Que ce que vous ferez, dit Horace, soit toujours simple et ne soit qu'un*. » Ils ont admiré Vjijax de Sophocle, qui n'est autre chose qu'Ajax qui se tue de regret, à cause de la fureur où il étoit tombé après le refus qu'on lui avoit fait des armes d'Achille^. Ils ont admiré le Philoctke ^ dont tout le sujet est Ulysse qui vient pour surprendre les flèches d'Hercule. \]OEdipe même, quoique tout plein de reconnoissances , est moins chargé de matière que la plus simple tragédie de nos jours. Nous voyons enfin que les