‹ Œuvres;Chapitre 279 sur 422 · Denique sit quodvis sïmpLex duiitaxat et uiium · texte numérisé non relu

Denique sit quodvis sïmpLex duiitaxat et uiium

(Horace, Épitre aux Pisoiis, vers 23.)

2. Au lieu de : « à cause de la fureur, etc., » on lit dans l'édition de 167 1 : « pour n'avoir pas obtenu les armes d'Achille. »

PRÉFACE

partisans de Térence, qui Félèvent avec raison au-dessus de tous les poètes comiques, pour l'élégance de sa diction et pour la vraisemblance de ses mœurs , ne laissent pas de confesser que Plante a un grand avantage sur lui par la simplicité qui est dans la plupart des sujets de Plaute. Et c'est sans doute cette simplicité merveilleuse qui a attiré à ce dernier toutes les louanges que les anciens lui ont données. Combien Ménandre étoit-il encore plus simple , puisque Térence est obligé de prendre deux comédies de ce poète pour en faire une des siennes* !

Et il ne faut point croire que cette règle ne soit fondée que sur la fantaisie de ceux qui l'ont faite. Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. Et quelle^ vraisemblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourroient à peine arriver en plusieurs I semaines ? il y en a qui pensent que cette simplicité est I une marque de peu d'invention. Ils ne songent pas qu'au . contraire toute l'invention consiste à faire quelque chose] de rien , et que tout ce grand nombre d'incidents a toujours été le refuge des poëtes qui ne sentoient dans leur génie ni assez d'abondance ^ ni assez de force pour attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté, des sentiments et de l'élégance de l'expression*. Je suis

1 . Voyez le Prologue de V Andrienne de Térence, vers 9 et suivants.

2. Var. (édition de 167 1) : « qui ne sentoient pas dans leur génie assez d'abondance. »

3. On a pensé que Racine avait eu l'intention, dans ce passage de sa préface, d'opposer la simplicité d'action de sa tragédie à la complication de celle de Corneille. M. Marty-Laveaux est de cet avis dans sa Notice de The et Bérénice (OEuvres de P. Corneille^ tome VII, p. igS). Il serait difficile, en effet, de ne pas supposer ici, comme il le fait, quelque « allusion désobligeante. » Dans ce cas Racine aurait eu, entre autres torts, celui de ne pas assez mesurer ses expressions. Peut-on refuser au génie de Corneille V abondance et la force?

BÉRÉNICE

bien éloigné de croire que toutes ces choses se rencontrent dans mon ouvrage ; mais aussi je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes, et dont la trentième représentation a été aussi suivie que la pre-

Ce n'est pas que quelques personnes ne m'aient reproché cette même simplicité que j'avois recherchée avec tant de soin. Ils* ont cru qu'une tragédie qui étoitsi peii chargée d'intrigues ne pouvoit être selon les règles du théâtre. Je m'informai s'ils se plaignoient qu'elle les eût ennuyés. On me dit qu'ils avouoient tous qu'elle n'ennuyoit point, qu'elle les touchoit même en plusieurs endroits, et qu'ils la verroient encore avec plaisir. Que veulent-ils davantage? Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas croire qu'une pièce

Iqui les touche et qui leur donne du plaisir puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de jplaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. Mais toutes ces règles sont d'un long détail, dont je ne leur conseille pas de s'embarrasser. Ils ont des occupations plus importantes. Qu'ils se reposent sur nous de la fatigue d'éclaircir les difficultés de la Poétique d'Aristote ; qu'ils se réservent le plaisir de pleurer et d'être attendris; et qu'ils me permettent de leur dire ce qu'un musicien disoit à Philippe, roi de Macédoine, qui prétendoit qu'une chanson n'étoit pas selon les règles : « A Dieu ne plaise , Seigneur, que vous soyez jamais si malheureux que de savoir ces choseslà mieux que moi ^ ! »

1. Pour cet ils, voyez au tome I, p. 890, la note 2 sur une phrase de la Préface de la Tliéhaïde.

2. Cette anecdote est tirée du petit traité de Plutarque : Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'ami, «c Un musicien jadis, fort

PRÉFACE

Voilà tout ce que j'ai à dire à ces personnes, à qui je ferai toujours gloire de plaire*. Car pour le libelle que l'on a fait contre moi ^, je crois que les lecteurs me dispenseront volontiers d'y répondre. Et que répondrois-je à un homme qui ne pense rien et qui ne sait pas même construire ce qu'il pense? Il parle de protase ' comme s'il entendoit ce mot, et veut que cette première des quatre parties de la tragédie soit toujours la plus proche*

gentiment et de bonne grâce, ferma la bouclie au Roy Philippus qui disputoit et contestoit à l'encontre de lui de la manière de toucher des cordes d'un instrument de musique, en lui disant ; « Dieu te « garde, Sire, d'un si grand mal que d'entendre cela mieux quemoy ! » (^Traduction (TAmyot.^

1. Cette phrase et quelques-unes de celles qui précèdent indiquent, ce nous semble, que Bérénice avait été critiquée par quelque grand personnage. Il est difficile aujourd'hui de savoir à qui Racine répond si respectueusement. On a quelquefois attribué au grand Condé la plaisanterie de Chapelle : « Mar-ion pleure, etc. » Louis Racine représente, au contraire , ce prince comme tellement charmé de la pièce, que pour la louer il en empruntait ces deux vers :

Depuis trois ans entiers chaque jour je la vois, Et crois toujours la voir pour la première fois.

2. Ce libelle est la Critique de Bérénice par l'abbé de Villars. Nous en avons parlé dans la Notice de Bérénice.

3. La protase est cette partie du poëme dramatique qui contient l'exposition du sujet.

4. Var. : « très-proche. î (1671) — Il nous semble que Racine ne donne pas une idée très-fidèle du passage de la Critique de Bérénice auquel il répond. Ce passage renferme sans doute une mauvaise chicane, mais ne nous paraît pas supposer la grossière ignorance que la malice du poëte irrité attribue à l'abbé de Villars. Voici les propres paroles de celui-ci : « J'avois été choqué de voir d'abord ouvrir le théâtre par le prince de Comagène, qui nous venoit avertir qu'il s'en alloit parce que Tite épousoit ce jour-là Bérénice. Je trouvois mauvais que la scène ne s'ouvrît pas plus près de la catastrophe, et qu'au lieu de nous dire que Tite vouloit quitter Bérénice, on nous dît tout le contraire. Si Antiochus s'en va, comme il le dit, il ne sera, disois-je, qu'un acteur de protase ; et s'il demeure, tout ce qu'il vient nous dire de son départ est superflu.... Si cet Antiochus eût ouvert

J. Racine, ii a 4

BÉRÉNICE

cîe la dernière, qui est la catastrophe. Il se plaint que la trop grande connoissance des règles Tempêche de se divertir à la comédie. Certainement, si Ton en juge par sa dissertation, il n'y eut jamais de plainte plus mal fondée. Il paroît bien qu'il n'a jamais lu Sophocle, qu'il loue très-injustement e/'w/ze grande multiplicité (T incidents ^ \ et qu'il n'a même jamais rien lu de la Poétique^ que dans quelques préfaces de tragédies. Mais je lui pardonne de ne pas savoir les règles du théâtre, puisque heureusement pour le public il ne s'applique pas à ce genre d'écrire. Ce que je ne lui pardonne pas, c'est de savoir si peu les règles de la bonne plaisanterie , lui qui ne veut pas dire un mot sans plaisanter. Croit-il réjouir beaucoup les honnêtes gens par ces hélas de poche^ ces mesdemoiselles mes règles"^ ^ et quantité d'autres basses affectations, qu'il trouvera condamnées dans tous les bons auteurs, s'il se mêle jamais de les lire^-f*

le théâtre en disant qu'il a su que Titus veut renvoyer Bérénice, ce qu'il dit n'eût pas été si éloigné de la catastrophe.... » {Critique de Bérénice^ p. 7 et 8.)

1. « On se délivre par ce stratagème de la fatigue que donnoit à Sophocle le soin de conserver l'unité d'action dans la multiplicité des incidents. » [Ibidem^ p. Sa.))

2. ce Sans le prince de Comagène, qui est naturellement prolixe en lamentations et en irrésolutions, et qui a toujours un toutefois et un hélas l de poche pour amuser le théâtre, il est certain que toute cette affaire s'expédieroit en un quart d'heure. » (Ibidem, p. 32.) — Villars avait dit au commencement de sa Critique : 1 Je veux grand mal à ces règles, et je sais fort mauvais gré à Corneille de me les avoir apprises dans ce que j'ai vu de pièces de sa façon. J'ai été privé, à la première fois que j'ai yn Bérénice à l'Hôtel de Bourgogne, du plaisir que je voyois qu'y prenoient ceux qui ne les savoient pas ; mais je me suis ravisé le second jour; j'ai attrapé M. Corneille: j'ai laissé mesdemoiselles les règles à la porte; j'ai vu la comédie, je l'ai trouvée fort affligeante , et j'y ai pleuré comme un ignorant. » {Ibidem^ p. 6 et 7.)

3. Il y a dans l'édition de 1697 : « s'il se mêle jamais de lire » L'omission de les est très-probablement une faute de l'imprimeur.

PRÉFACE

Toutes ces critiques sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infortunés, qui n'ont jamais pu par euxmêmes exciter la curiosité du public. Ils attendent toujours l'occasion de quelque ouvrage qui réussisse, pour l'attaquer. Non point par jalousie. Car sur quel fondement seroient-ils jaloux? Mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de leur répondre , et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs propres ouvrages les auroient laissés toute leur vie.

ACTEURS

TITUS, empereur de Rome.

BÉRÉNICE, reine de Palestine ^ ANTIOCHUS, roi de Comagène^ PAULIN, confident de Titus.

ARSACE, confident dAntiochus.

PHÉNICE, confidente de Bérénice, RUTILE, Romain.

Suite de Titus.

La scène est à Rome , dans un cabinet qui est entre rappartement de Titus et celui de Bérénice.

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