‹ Œuvres;Chapitre 287 sur 422 · ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV

Aujourd'hui que le ciel semble me présager 145 Un honneur qu'avec vous je prétends partager* , Ce même Antiochus, se cachant à ma vue, Me laisse à la merci d'une foule inconnue?

ANTIOCHUS

11 est donc vrai , Madame ? et , selon ce discours , L'hymen va succéder à vos longues amours? i 5o

BÉRÉNICE

Seigneur, je vous veux bien confier mes alarmes.

Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes:

Ce long deuil que ïitus imposoit à sa cour

Avoit même en secret suspendu son amour.

Il n' avoit plus pour moi cette ardeur assidue 1 55

Lorsqu'il passoit les jours attaché sur ma vue..

Muet , chargé de soins , et les larmes aux yeux^

Il ne me laissoit plus que de tristes adieux.

Jugez de ma douleur, moi dont l'ardeur extrême,

Je vous l'ai dit cent fois, n'aime en lui que lui-mêm€*,

Moi qui loin des grandeurs dont il est revêtu ,

Aurois choisi son cœur, et cherché sa vertu ^.

1 . Far. Aujourd'hui que les Dieux semblent me présager Un honneur qu'avec lui je prétends partager. (167 1)

Racine a corrigé dans cette pièce, et le plus souvent dès sa seconde édition (1676)^ tous les vers où il semblait avoir oublié que Bérénice, étant juive, ne reconnaissait qu'un Dieu. — Une fois même, dans la bouche de Titus parlant à la Reine, il a remplacé (en 1697) Dieux par ciel : voyez le vers 600.

2. Ces \ers rappellent un passage de la tragédie d'O^mara, par Tristan l'Hermite, imprimée pour la première fois en i656. Dans l'acte V, scène il, de cette pièce, la fille du Mouphti parle ainsi à Osman :

J'aimois Osman lui-même, et non pas l'Empereur 5

Et je considérois en ta noble personne

Des brillants d'autre prix que ceux de ta couronne.

Mais lorsqu'il a mis dans la bouche de Béréuice un sentiment si conforme au caractère qu'il lui a donné, Racine a pu se rencontrer avec Tristan, sans songer à l'imiter. Voltaire, dans Zaïre (acte I , scène i) , a certainement imité Racine :

Mon cœur aime Orosmane, et non son diadème : Chère Fatime, en lui je n'aime que lui-même.

BERENICE

ANTIOCHUS

Il a repris pour vous sa tendresse première* ?

BÉRÉNICE

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière,

Lorsque, pour seconder ses soins religieux, r65

Le sénat a placé son père entre les Dieux.

De ce juste devoir sa piété contente

A fait place, Seigneur, au soin de son amante;

Et même en ce moment, sans qu'il m'en ait parlé,

Il est dans le sénat , par son ordre assemblé. 170

Là de la Palestine il étend la frontière;

Il y joint l'Arabie et la Syrie entière;

Et si de ses amis j'en dois croire la voix ,

Si j'en crois ses serments redoublés mille fois,

II va sur tant d'Etats couronner Bérénice , 175

Pour joindre à plus de noms le nom d'impératrice^.

Il m'en viendra lui-même assurer en ce lieu.

ANTIOCHUS

Et je viens donc vous dire un éternel adieu.

BÉRÉNICE

Que dites-vous? Ah ciel! quel adieu! quel langage! Prince , vous vous troublez et changez de visage ^ ? 180

ANTIOCHUS

Madame, il faut partir.

BÉRÉNICE

Quoi ? ne puîs-je savoir

Quel sujet....

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