SCÈNE V
BÉRÉNICE, PHENIGE.
BÉRÉNICE
Quoi? me quitter sitôt, et ne me dire rien ? 62
I. f^ar. Moi, qui mourrois le jour qu'on viendroit ra'interdire. (167 1) J. Racine, ii 26
BÉRRNICE.
Chère Phénice, hélas! quel funeste entretien! Qu'ai-je fait? Que ^eut-il? Et que dit ce silence?
PIIÉNICE.
Comme vous je me perds d'autant plus que j'y pense ^ . Mais ne s'offre-t-il rien à votre souvenir Qui contre vous, Madame, ait pu le prévenir? 63o Voyez, examinez.
BÉRÉNICE
Hélas! tu peux m'en croire :
Plus je veux du passé rappeler la mémoire. Du jour que je le vis jusqu'à ce triste jour, Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour. Mais tu nous entendois. Il ne faut rien me taire. 635 Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire? Que sais-je? J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents , ou blâmé sa douleur. N'est-ce point que de Rome il redoute la haine? Il craint peut-être, il craint d'épouser une reine. 640 Hélas! s'il étoit vrai.... Mais non, il a cent fois Rassuré mon amour contre leurs dures lois; Cent fois.... Ah ! qu'il m'explique un silence si rude : Je ne respire pas dans cette incertitude. Moi , je vivrois , Phénice ? et je pourrois penser 645 Qu'il me néglige, ou bien que j'ai pu l'offenser? Retournons sur ses pas. Mais quand je m'examine, Je crois de ce désordre entrevoir l'origine , Phénice : il aura su tout ce qui s'est passé ; L'amour d'Antiochus l'a peut-être offensé. 6 5o
Il attend, m'a-t-on dit, le roi de Comagène. Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine. Sans doute ce chagrin qui vient de m' alarmer N'est qu'un léger soupçon facile à désarmer.
I. V(ir. Madame, je me perds d'autant plus que j'y pense. (1671)