SCÈNE IV
PYRRHUS, ANDROMAQUE, CÉPHISE*
PYRRHUS
Me cherchiez- vous , Madame ?
Un espoir si charmant me seroit-il permis ^ ?
Je passois jusqu'aux lieux où Ton garde mon fils. 260 Puisqu'une fois le jour vous soulFrez que je voie Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie, J'allois , Seigneur, pleurer un moment avec lui : Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui.
PYRRHUS
Ah ! Madame , les Grecs, si j'en crois leurs alarmes, 265 Vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes.
1. Dans l'indication des personnages de cette scène, l'édition de 1786 (a) ajoute le nom de phoenix, qui n'est point dans les anciennes éditions.
2. Cet hémistiche : a un espoir si charmant, n se troure aussi dansV Alexandre, vers 1168.
[a) Il est bon de remarquer ici que dans V Avertissement de cette édition de 1736, p. xiii, il est dit : « Pour donner la tragédie Andromaque telle que les comédiens la représentent, on s'est servi de leur exemplaire. »
ANDROMAQUE
ANDROMAQUE
Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé , Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il échappé ?
PYRRHUS
Leur haine pour Hector n'est pas encore éteinte. Ils redoutent son fils.
ANDROMAQUE
Digne objet de leur crainte M 270 Un enfant malheureux , qui ne sait pas encor Que Pyrrhus est son maître , et qu'il est fils d'Hector.
PYRRHUS
Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il périsse. Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.
ANDROMAQUE
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ? 275
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?
Hélas! on ne craint point qu'il venge un jour son père ;
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère^
Il m'auroit tenu lieu d'un père ' et d'un époux;
Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups.
PYRRHUS
Madame , mes refus ont prévenu vos larmes.
Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes;
Mais dussent-ils encore , en repassant les eaux ,
Demander votre fils avec mille vaisseaux ;
Coûtât-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre ; 285