‹ Œuvres;Chapitre 335 sur 422 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Je vous ai de mon cœur exprimé les désirs : Ce jour surpasse tout. Jamais, je le confesse, Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse ; Et jamais

BÉRÉNICE

Vous m'aimez, vous me le soutenez; 1345 Et cependant je pars, et vous me l'ordonnez * ! Quoi? dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes? Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes ? Que me sert de ce cœur Finutile retour? Ah, cruel! par pitié, montrez-moi moins d'amour, i 3do Ne me rappelez point une trop chère idée , Et laissez-moi du moins partir persuadée Que déjà de votre âme exilée en secret. J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret.

(Il lit une lettre.)

Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire ^. 1 3 5 5

1. Nous avons fait remarquer déjà que le vers ii54 est une allusion à la célèbre réponse de Mlle Mancini. Racine complète ici ce que ce vers n'avait pas entièrement rendu. Mais il faut avouer qu'en s'y reprenant à deux fois , la traduction fait perdre aux paroles originales quelque chose de leur énergie.

2. « Elle sort en tenant une lettre dans sa main, et Titus la lui arrache. Il la lut tout haut dans la première représentation ; mais cette lettre ayant été appelée par un mauvais plaisant le testament de Bérénice^ Titus se contenta depuis de la lire tout bas. » (Louis Racine, dans ses Re?narques sur Bérénice.) — Le billet de Bérénice avait déjà été supprimé, quand Racine fit imprimer la première édition. Il ne pourrait donc se retrouver que dans les premières copies faites pour le théâtre. Mais on n'a plus ces copies. Ce que l'abbé de Villars dit de ce billet, qu'il appelle « le testament de Bérénice, » ou encore « un madrigal testamentaire, » nous en fait connaître le sens. Bérénice y annonçait à Titus qu'elle allait mourir, et exprimait le vœu que ses cendres reposassent un jour près de celles de son amant : ce Elle se résout à mourir désespérée, et l'annonce à son ingrat par un poulet funèbre.... Elle fait à Titus un legs pieux de ses cendres, et pourvu qu'elles soient avec les cendres de son amant, elle est consolée » (Page i8.) — a Bien en prend à Titus que Bérénice ait rescindé son testament , et ne lui ait pas envoyé ses cendres ; car il se seroit assurément tué. » (Page 22.) Villars constate aussi la suppression de la lettre

, après la première représentation : a Les comédiens ont été d'avis de supprimer ce billet funèbre à la seconde représentation ; je crois qu'ils ont eu tort. Du moins le spectateur voyoit-il par là quel étoît le texte de la froide et longue harangue que Titus fait à Bérénice. » (Pages 26 et 27.)

BÉRÉNICE

Voilà de votre amour tout ce que je clesire. Lisez, ingrat, lisez, et me laissez sortir.

TITUS

Vous ne sortirez point : je n'y puis consentir.

Quoi ? ce départ n'est donc qu'un cruel stratagème ? Vous cherchez à mourir? et de tout ce que j'aime i 3 6o Il ne restera plus qu'un triste souvenir ! Qu'on cherche Antiochus : qu'on le fasse venir.

(Bérénice se laisse tomber sur un siège.)

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