TITUS, BÉRÉNICE
TITUS
Madame, il faut vous faire un aveu véritable.
Lorsque j'envisageai le moment redoutable
Où pressé par les lois d'un austère devoir, 1 3 6 5
Il falloit pour jamais renoncer à vous voir;
Quand de ce triste adieu je prévis les approches ,
Mes craintes , mes combats , vos larmes , vos reproches ,
Je préparai mon âme à toutes les douleurs *
Que peut faire sentir le plus grand des malheurs ; i 3 7 o
Mais quoi que je craignisse, il faut que je le die,
Je n'en avois prévu que la moindre partie.
Je croyois ma vertu moins prête à succomber,
Et j'ai honte du trouble où je la vois tomber.
J'ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée; 1875
Le sénat m'a parlé ; mais mon âme accablée
Ecoutoit sans entendre , et ne leur a laissé
Pour prix de leurs transports qu'un silence glacé.
Rome de votre sort est encore incertaine.
\.Far. Je m'attendis, Madame, à toutes les douleurs. (1671-87)