‹ Œuvres;Chapitre 340 sur 422 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Qu'on ne l'a jamais vu soupirer pour l'Empire .

La grandeur des Romains , la pourpre des Césars

N'a point*, vous le savez, attiré mes regards.

J'aimois, Seigneur, j'aimois : je voulois être aimée.

Ce jour, je l'avoùrai , je me suis alarmée : 1480

J'ai cru que votre amour alloit finir son cours.

Je connois mon erreur, et vous m'aimez toujours.

Votre cœur s'est troublé , j'ai vu couler vos larmes.

Bérénice, Seigneur, ne vaut point tant d'alarmes.

Ni que par votre amour l'univers malheureux , 1485

Dans le temps que Titus attire tous ses vœux

Et que de vos vertus il goûte les prémices ,

Se voie en un moment enlever ses délices^.

Je crois , depuis cinq ans jusqu'à ce dernier jour,

Vous avoir assuré d'un véritable amour. 1490

Ce n'est pas tout : je veux , en ce moment funeste ,

Par un dernier effort couronner tout le reste.

Je vivrai, je suivrai vos ordres absolus.

Adieu, Seigneur, régnez : je ne vous verrai plus.

(A Antioclius.)

Prince, après cet adieu, vous jugez bien vous-même Que je ne consens pas de quitter ce que j'aime. Pour aller loin de Rome écouter d'autres vœux. Vivez, et faites-vous un effort généreux. Sur Titus et sur moi réglez votre conduite. Je l'aime, je le fuis; Titus m'aime, il me quitte ^. i 5oo Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos fers.

1. Il y a le singulier : rCa point ^ dans toutes les anciennes éditions. M. Aimé- Martin a mis : n!ont point.

2. « Titus, l'amour et les délices du genre liumain, » dit Suétone (7Ï<m^, chapitre i) : « Titus amor ac deliciae generis humani. » Cette louange est devenue dans l'histoire comme un titre inséparable du nom de Titus. Racine y fait allusion ici. ^

3. Nous avons dit (voyez la note i sur la Préface) que Corneille avait traduit Vinvilus invitam de Suétone. Ce vers de Racine en est aussi une traduction, moins littérale, il est vrai, mais très-heureuse et très-élégante.

BÉRÉNICE

Adieu : servons tous trois d'exemple à l'univers De Tamour la plus tendre et la plus malheureuse Dont il puisse garder l'histoire douloureuse.

Tout est prêt. On m'attend. Ne suivez point mes pas.

(A Titus.)

Pour la dernière fois , adieu, Seigneur.

ANTIOCHUS

Hélas»!

I. « On peut être un peu choqué qu'une pièce finisse par un hélas f II fallait être sûr de s'être rendu maître du cœur des spectateurs pour oser finir ainsi. » [Foltaire.)

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE

BAJAZET

TRAGÉDIE

NOTICE

Le Mercure galant ^ sous la date du 9 janvier 1672, annonce en ces termes la première représentation de Bajazet : « On représenta ces jours passés, sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, une tragédie intitulée Bajazet, et qui passe pour un ouvrage admirable. » L'expression « ces jours passés » suppose évidemment une date antérieure au vendredi 8 janvier, veille du jour où la lettre du Mercure fut écrite. V Histoire du théâtre français * hésite entre le 4 et le 5 janvier, incertitude dont nous avons déjà rencontré d'autres exemples dans le même ouvrage, et qui est assez étrange, lorsqu'il était facile, comme ici, d'exclure celui de ces deux jours où le théâtre était fermé, c'est-àdire le lundi l\. La date du mardi 5 janvier est vraisemblable. Le 3 janvier, qui était un dimanche, eût été moins bien choisi pour une première représentation; à plus forte raison, nous le croyons , le vendredi précédent , premier jour d^ l'année. Du moins est-il douteux qu'on puisse nous opposer l'exemple de Phèdre, ^ouée, dit-on, îe i^*" janvier 1677, mais peut-être à Versailles, et non à l'Hôtel de Bourgogne^,

Voici comment la distribution des quatre principaux rôles est indiquée par les éditeurs des Œuvres de Racine avec commentaires de la Harpe ^ : a Les rôles d'Acomat et de Bajazet furent joués à la satisfaction du public par la Fleur.... et par Brécourt, qui remplissait avec succès l'emploi des jeunes premiers, Atalide fut donnée à Mlle d'Ennebaut, actrice fort aimée ; et Mlle Champmesié.... fut vue avec transport dans le rôle de

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