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BAJAZET

nous ;i semblé qu'elle cherchait toujours, sans pouvoir se satisfaire, une nouvelle manière de prononcer cet implacable arrêt de mort. Si dans les commencements elle avait en effet rencontré la véritable inspiration, il est surprenant qu'elle ne s'y soit pas tenue, qu'elle ne l'ait pas retrouvée. L'auteur de Farticle Rachel dans la Biographie universelle ^ M. Edouard Thierry, dit que dans les derniers temps « elle imagina, en disant le : Sortez^ de tourmenter son poignard au rebours de la situation. » De telles tentatives ne semblent- elles pas prouver que Mlle Rachel s'était toujours, en cet endroit , sentie vaincue par une difficulté insurmontable? Quoi qu'il en soir, dans cette lutte avec un magnifique et redoutable rôle, Mlle Rachel a pu fléchir en un seul point; sur les autres, il n'y avait qu'à reconnaître son triomphe. On trouvait véritablement en elle la Roxane que Mlle Clairon demandait, la femme impérieuse et violente, faisant, suivant l'expression de la Harpe, l'amour le poignard à la main, l'esclave insolente, dictant ses volontés à des esclaves, l'amante plus emportée et plus orgueilleuse que tendre. Et cependant Mlle Rachel, à qui n'échappait aucune nuance de ces admirables rôles que le poëte a su faire à la fois si constants et si variés , n'avait garde de se défendre trop absolument de k toute expression touchante. » Nous n'avons pas oublié avec quel retour de sensibilité elle interrompait ses menaces par ce cri du cœur :

Bajazet, écoutez, je sens que je vous aime; quel accent de douleur profonde elle mettait dans cet autre vers :

Tu ne saurois jamais prononcer que tu m'aimes ;

enfin quelle était sa grâce , sa finesse charmante , lorsque rassurée et joyeuse elle disait :

L'amour fit le serment, l'amour l'a violé.

Le texte que nous donnons de Bajazet est conforme à l'édition de 1697. Nous avons tiré les variantes des recueils de 1676 et de 1687, et de l'édition séparée de 1672, qui est lapre- ^ mière impression de cette tragédie.

PREMIERE PRÉFACE

PREMIÈRE PRÉFACE

Quoique le sujet de cette tragédie ne soit encore dans aucune histoire imprimée, il est pourtant très-véritable. C'est une aventure arrivée dans le Serrail, il n'y a pas plus de trente ans^. Monsieur le comte de Gésy étoit alors ambassadeur à Gonstantinople ^ Il fut instruit de toutes les particularités de la mort de Bajazet ; et il y a quantité de personnes à la cour qui se souviennent de les lui avoir entendu conter, lorsqu'il fut de retour en France. Monsieur le chevalier de Nantouillet* est du nombre de ces personnes. Et c'est à lui que je suis redevable de cette histoire, et même du dessein que j'ai pris d'en faire * une tragédie. J'ai été obligé pour cela de chaiiger..4uelqncs^ci^^ Mais comme ce chan-

gement n'est pas fort considérable, je ne pense pas aussi qu'il soit nécessaire de le marquer au lecteur. La principale chose à quoi je me suis attaché, c'a été de ne rien changer ni aux mœurs ni aux coutumes de la nation. Et

1. Cette préface est celle de l'édition de 1672. Elle ne porte, dans cette édition, aucun titre, tel que Préface ou Au lecteur.

2. Rigoureusement ce serait un peu plus. Racine place l'action de sa tragédie au temps du siège de Bagdad, qui est de l'année i638.

3. Philippe de Harlay, comte de Cézy*, avait en 161 8 remplacé Achille de Harlay Sancy à l'ambassade de Constantinople. Après y avoir été quelque temps remplacé lui-même par M. de Marcheville, nommé ambassadeur en i63i , il avait repris ses fonctions, et n'était rentré en France qu'en 1641.

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