Voyez ci-dessus la note 2 de la page
5. M. Aimé-Martin a, nous ne savons pourquoi, substitué former à faire»
* Racine écrit Césj dans sa première préface, Cézy dans la seconde.
BAJAZET
j'ai pris soin de ne rien avancer qui ne fût conforme à l'histoire des Turcs et à la nouyelle Relation de Tempire ^ottoman, que Ton a traduite de Tanglois *. Surtout je dois beaucoup aux avis de Monsieur de la Haye^, qui a eu la bonté de m'éclaircir sur toutes les difficultés que je lui ai proposées.
1 . Cette Relation est V Histoire de l'état présent de V Empire ottoman^ contenant les maximes politiques des Turcs... ^ traduite de l'anglois de M. Ricaut. Voyez ci-dessus, p. 462, note i.
2. Jean de la Haye, seigneur de Venteley, qui succéda à M. de Cézy, comme ambassadeur de France à Constantinople, sous le règne d'Ibrahim, Il fut lui-même remplacé dans cette ambassade par M. de Nointel , en 1671.
SECONDE PRÉFACE
SECONDE PRÉFACE '
Sultan AjtLUjyat, ou Sultan Morat^ , empereur des Turcs, celui qui prit Babjlone' en i638, a eu quatre frères. Le premier, c'est à savoir Osman, fut empereur avant lui, et régna environ trois ans * , au bout desquels les janissaires lui ôtèrent l'Empire et la vie. Le second se nommoitOrcan. Amurat, dès les premiers joùrs de son règne, le fit étrangler. Le troisième ètoit Bajazet, prince de grande espérance; et c'est lui qui est le héros de ma tragédie. Amurat, ou par politique, ou par amitié, l'avoit épargné jusqu'au siège de Bab^dûBê^r Après la prise de
1. Ce second avertissement a paru d'abord, et avec le titre de Préface, dans l'édition de 1676. Il a été reproduit dans l'édition de 1687, et, avec de légères variantes et la suppression d'un assez long morceau tout à la fin, dans celle de 1697. C'est le texte de celte dernière que nous suivons, selon notre coutume.
2. Ou plutôt Murad. « Plusieurs l'appellent lui et d'autres du même nom Amurat; mais ils se trompent, » dit Galland dans son opuscule intitulé : la Mort du sultan Osman. Murad IV, surnommé Gazi, ou « le Victorieux, » fut salué empereur le 10 septembre 1623. II mourut le 9 février 1640.
3 . Le vrai nom de cette ville est Bagdad, ou, comme on l'appelait vulgairement, Bagadet. Plusieurs historiens du dix-septième siècle lui donnent, comme Racine, le nom de Babylone. Bagdad, capitale de l'Irak, située sur la rive orientale du Tigre, fut incorporée de nouveau à l'empire ottoman sous le règne de Murad, après en avoir été détachée pendant quinze ans. L'armée de Murad en commença le siège le i5 novembre i638. Le 25 décembre suivant la ville se rendit.
4. Osman ou Othman II, porté sur le trône en 161 8, fut étranglé en 1622, victime du plan qu'il a\ait formé pour la destruction des janissaires. Entre son règne et celui de Murad, il faut placer quelques mois d'un second règne de Mustapha, frère d'Achmet. Tristan a pris la fin tragique d'Osman II pour sujet de sa tragédie à' Osman. Voyez ci-dessus la Notice^ p. 464 et 465.
BAJAZET
cette ville, le Sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir. Ce qui fut conduit et exécuté à peu près de la manière que je le représente. Amurat avoit encore un frère, qui fut depuis le Sultan Ibrahim, et que ce même Amurat négligea comme un prince stupide, qui ne lui donnoit point d'ombrage. Sultan Mahomet*, qui règne aujourd'hui, est fils de cet Ibrahim, et par conséquent neveu de Bajazet.
Les particularités de la mort de Bajazet ne sont encore dans aucune histoire imprimée. M. le comte de Cézy étoit ambassadeur à Constantinople lorsque cette aventure tragique arriva dans le 3errail. Il fut instruit des amours de Bajazet et des jalousies de la Sultane. Il vit même plusieurs fois Bajazet, à qui on permet- *^ t<4L„4.Ç--^.pi^omener quelquefois à la pointe du Serrail, sur le canal de la mer Noire. M. le comte de Cézy disoit queM^léijoit Jan--fa^ Il a écrit
depuis les circonstances de sa mort. Et iTyli encore plusieurs personnes de qualité^ qui se souviennent de lui en avoir entendu faire le récit lorsqu'il fut de retour en France,
Quelques lecteurs pourront s'étonner qu'on ait osé mettre sur la scène une histoire si récente. Mais je n'ai rien vu dans les règles du poème dramatique qui dût me détourner de mon entreprise. A la vérité, je ne conseillerois pas à un auteur de prendre pour sujet d'une tragédie une action aussi moderne que celle-ci, si elle s' étoit passée dans le pays où il veut faire représenter sa tragé-
1. Mahomet IV, né en i643, succéda en 1648 à son père Ibrahim. Il fut déposé le 8 novembre 1687, ^pi'ès trente-neuf ans de règne.
2. Var, (édit, de 1676 et de 1687) : Et il y a plusieurs personnes de qualité, et entre autres M. le chevalier de Nantouillet. — Le chevalier de Nantouillet était mort en juin 1695 : cela explique le changement introduit dans l'édition de 1697.
SECONDE PRÉFACE. 477
die, ni de mettre des héros sur le théâtre, qui auroient été connus de la plupart des spectateurs. Les person-
I nages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que
I nous ne regardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus * de si près. On peut dire que le respect que Ton a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous : major e longinquo reçerentia ^. L'éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps. Car le peuple ne met guère de difFérence entre ce qui est, si j'ose ainsi parler, à mille ans de lui,
I et ce qui en est à mille lieues. C'est ce qui fait, par exemple, que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre. On les regarde
I de bonne heure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes dilFérentes. Nous avons si peu de Commerce avec les princes et les autres personnes qui vivent dans le Serrail, que nous les considérons, pour ainsi dire, comme des geos qui vivent dans un autre siècle que le nôtre.
C'étoit à peu près de cette manière que les Persans étoient anciennement considérés des Athéniens. Aussi le poëte Eschyle ne fit point de difficulté d'introduire dans une tragédie ^ 1<l mère de Xerxès, qui étoit peut-être encore vivante, et de faire représenter sur le théâtre i d'Athènes la désolation de la cour de Perse après la déj route de ce prince. Cependant ce même Eschyle s'étoit j trouvé en personne à la bataille de Salami ne, où Xerxès avoit été vaincu. Et il s'étoit trouvé encore à la défaite
1. Var. (édit. de 1676 et de 1687) : les personnes que nous avons vu. — Il y a c?^, sans accord, dans les deux éditions indiquées.
2. « De loin le respect est plus grand. » (Tacite, Annales y livre I, chapitre xlvii.) #