Dans la tragédie intitulée : les Perses
47» BAJAZET
des lieutenants de Darius, père de Xerxès,dans la plaine de Marathon. Car Eschyle étoit homme de guerre, et il étoit frère de ce fameux Gynégire dont il est tant parlé dans l'antiquité, et qui mourut si courageusement en attaquant un des vaisseaux du roi de Perse.
Dans les éditions de 1676-87, la préface se termine ainsi : ce Je me suis attaché à bien exprimer dans ma tragédie ce que nous savons des mœurs et des maximes des Turcs. Quelques gens ont dit que mes héroïnes étoient trop savantes en amour et trop délicates pour des femmes nées parmi des peuples qui passent ici pour barbares. Mais sans parler de tout ce qu'on lit dans les relations des voyageurs, il me semble qu'il suffit de dire que la scène est dans le X Serrail. En effet, y a-t-il une cour au monde où la jalousie et l'amour doivent être si bien connues* que dans un lieu où tant de rivales sont enfermées ensemble, et où toutes ces femmes n'ont point d'autre étude, dans une éternelle oisiveté, que d'apprendre à plaire et à se faire aimer? Les hommes vraisemblablement n'y aiment pas avec la même délicatesse. Aussi al-je pris soin de mettre une grande diffé-
V rence entre la passion de Bajazet et les tendresses de ses amantes. Il ^garde au milieu de son amour la férocité** de la nation. Et si l'on trouve étrange qu'il consente plutôt de mourir que d'abandonner ce qu'il aime et d'épouser ce qu'il n'aime pas , il ne faut que lire l'his-
— toire des Turcs. On verra partout le mépris qu'ils font de la vie. On yeri^ en plusieurs endroits à quel ë^Tces^îTs portent les passions ; et ce que la simple amitié est capable de leur [faire faire. Témoin un des fils de Soliman, qui se tua lui-même sur le corps de son frère aîné, qu'il aimoit tendrement, et que l'on avoit fait mourir pour lui assurer l'Empire***. »
* Il y a bien connues, au féminin, dans les deux éditions.
** Cette expression est prise ici au sens du latin ferocitasj qu'aujourd'hui nous traduirions plutôt par fierté^ fierté farouche.
*** Ce frère de Mustapha était le dernier des enfants de Soliman II et de Roxelane. Il se nommait Zeanger ou Giangir {le Bossu). Suivant l'historien de Hammer, la mort tragique de Mustapha , que Giangir
SECONDE PRÉFACE
aimait de l'amour le plus tendre, le jeta dans une sombre mélancolie, qui abrégea ses jours. Telle est aussi la version adoptée parBusbecq, ambassadeur à Constanlinople de Ferdinand ï^^y roi des Romains. Mais celle que Racine a suivie se trouve dans VHistoire universelle de de Thou (livre XII), dans VHistoire générale du Serrail de Michel Baudier (1626), dans VHistoire générale des Turcs par du Verdier (i665). La mort de Mustapha a été le sujet de plusieurs tragédies antérieures à Bajazet. Voyez ci-dessus la Notice^ p, 464- L'histoire de Mustapha, de Soliman et de Roxelane a également été racontée ou plutôt arrangée dans le roman de Mlle de Scudéry intitulé ; Ibrahim^ ou F Illustre Bassa (i64i).
ACTEURS
BAJAZET, frère du Sultan Amural.
ROXANE , Sultane , favorite du Sultan Amurat.
ATALIDE, fille du sang ottoman ^
ACOMAT, grand visir.
OSMIN , confident du grand visir.
ZATIME , esclave de la Sultane.
ZAÏRE, esclave d'Atalide.
La scène est à Constantinople, autrement dite Bysance, dans le Serrail du Grand Seigneur.
I. C'est-q^-dire (d'après le sens propre et spécial du mot ottoman) du sang de l'émir Othman ou Osman, qui fonda la puissance turque dans l'Asie Mineure, au commencement du quatorzième siècle, et de qui descend la dynastie turque. Voyez ci-après le vers 169.
BAJAZET
TRAGÉDIE