SCÈNE IIL ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE
ROXANE
Enfin , belle Atalide , Il faut de nos destins que Bajazet décide. Pour la dernière fois je le vais consulter. Je vais savoir s'il m'aime.
ATALIDE
Est-il temps d'en douter, 260 Madame? Hâtez-vous d'achever votre ouvrage.
I . Les deux rimes sont écrites, dans les diverses éditions publiées du vivant de Racine : conte et pronte.
BAJAZET
Vous avez du Yisir entendu le langage.
Bajazet vous est cher. Savez-vous si demain
Sa liberté , ses jours seront en votre main ?
Peut-être en ce moment Amurat en furie 2 65
S'approche pour trancher une si belle vie.
Et pourquoi de son cœur doutez-vous aujourd'hui?
ROXANE
Mais m'en répondez-vous , vous qui parlez pour lui ?
ATALIDE
Quoi , Madame ? les soins qu'il a pris pour vous plaire, Ce que vous avez fait , ce que vous pouvez faire , 270 Ses périls, ses respects, et surtout vos appas, Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas ? Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire.
ROXANE
Hélas ! pour mon repos que ne le puis-je croire?
Pourquoi faut-il au moins que pour me consoler 275
L'ingrat ne parle pas comme on le fait parler?
Vingt fois , sur vos discours pleine de confiance ,
Du trouble de son cœur jouissant par avance,
Moi-même j'ai voulu m'assurer de sa foi*.
Et Tai fait en secret amener devant moi. 280
Peut-être trop d'amour me rend trop difficile ;
Mais sans vous fatiguer d'un récit inutile ,
Je ne retrouvois point ce trouble , cette ardeur^
Que m'avoit tant promis un discours trop flatteur.
Enfin si je lui donne et la vie et l'Empire , 2 85
Ces gages incertains ne me peuvent suffire.
Quoi donc ? à son amour qu'allez-vous proposer
1 . Var. Pour l'entendre à mes yeux m'assurer de sa foi, Je l'ai fait en secret amener devant moi. (1672)
2. Var. Mes yeux ne trouvoient point ce trouble, cette ardeur Que leur avoit promise un discours trop flatteur. (1672)