‹ Œuvres;Chapitre 360 sur 422 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

ROXANE

S'il m'aime, dès ce jour il me doit épouser,

ATALIDE

Vous épouser ! O ciel ! que prétendez-vous faire ?

ROXANE

Je sais que jcles Sultans^Fusa^e^m'es^^^ : 290

sais qu'ils se sont fait une superbe loi De ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse , Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse ; Mais toujours inquiète avec tous ses appas, 295 Esclave elle reçoit son maître dans ses bras ; Et sans sortir du joug où leur loi la condamne*, Il faut qu'un fils naissant la déclare Sultane. Amurat plus ardent , et seul jusqu'à ce jour, A voulu que l'on dût ce titrt^ à son amour. 3oo J'en reçus la puissance aussi bien que le titre , Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre. Mais ce même Amurat ne me promit jamais Que l'hymen dût un jour couronner ses bienfaits; Et moi, qui n'aspirois qu'à cette seule gloire, 3o5 De ses autres bienfaits j'ai perdu la mémoire. Toutefois que sert-il de me justifier?

Bajazet, il est vrai , m'a tout^ajxjmhliex*

Malgré tous ses malheurs plus heureux-qiie SiMLiière ,

Il m'a plu , sans peut-être aspirer à me plaire. 3 1 o

Femmes, gardes, Visir, pour lui j'ai tout séduit; En un mot, vous voyez jusqu'où je l'ai conduit. Grâces à mon amour, je me suis bien servie Du pouvoir qu' Amurat me donna sur sa vie.

I. Dans les deux premières éditions (1672 et 167Ô), l'orthographe de ce mot, ici et au vers 945, est : conclàne; au vers 887, elles ont : condannai ; et aux vers 1070, i643, 1726 : condannée, condanné, au lieu de : condamnai, condamnée, condamné.

BAJAZET

Bajazet touche presque au trône des sultans : 3 1 5

Il ne faut plus qu'un pas. Mais c'est où je l'attends.

Malgré tout mon amour, si dans cette journée *

Il ne m'attache à lui par un juste hyménëe ^,

S'il ose m' alléguer une odieuse loi ;

Quand je fais tout pour lui, s'il ne fait tout pour moi :

Dès le même moment , sans songer si je l'aime ,

Sans consulter enfin si je me perds moi-même,

J'abandonne l'ingrat , et le laisse rentrer

Dans l'état malheureux d'où je l'ai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce. 32 5 Sa perte ou son salut dépend de sa réponse. Je ne vous presse point de vouloir aujourd'hui Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui : Je veux que devant moi sa bouche et son visage Me découvrent son cœur, sans me laisser d'ombrage ; Que lui-niême , en secret amené dans ces lieux ^ Sans être préparé se présente à mes yeux. Adieu : vous saurez tout après cette entrevue.

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