ACTE III, SCÈNE III
Mais je ne m'en plains pas, je Tai voulu moi-même.
Cependant croy ois-tu, quand jaloux de sa foi
Il s'alloit plein d'amour sacrifier pour moi;
Lorsque sou cœur tantôt m'exprimant sa tendresse,
Refusoit à Roxane une simple promesse; 9 1 o
Quand mes larmes en vain tàchoient de Fémouvoir ;
Quand je m'applaudissois de leur peu de pouvoir :
Croyois-tu que son cœur, contre toute apparence,
Pour la persuader trouvât tant d'éloquence?"^ —
Ah! peut-être, après tout, que sans trop se forcer, 91 5
Tout ce qu'il a pu dire, il a pu le penser.
Peut-être en la voyant, plus sensible pour elle,
Il a vu dans ses yeux quelque grâce nouvelle.
Elle aura devant lui fait parler ses douleurs;
Elle l'aime; un empire autorise ses pleurs. 920
Tant d'amour touche enfin une âme généreuse.
Hélas ! que de raisons contre une malheureuse !
ZAÏRE
Mais ce succès, Madame , est encore incertain. Attendez.
ATALIDE
Non, vois-tu , je le nîrois en vain.
Je ne prends point plaisir à croître ma misère. 925 Je sais pour se sauver tout ce qu'il a dù faire. Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas , Je n'ai point prétendu qu'il ne m' obéît pas. Mais après les adieux que je venois d'entendre , Après tous les transports d'une douleur si tendre , 980 Je sais qu'il n'a point dù lui faire remarquer La joie et les transports qu'on vient de m'expliquer. Toi-même juge-nous, et vois si je m'abuse. Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je excluse ? Au sort de Bajazet ai-je si peu de part? 93 5
A me chercher lui-même attendroit-il si tard ,
BAJAZET
N'étoit que de son cœur le trop juste reproche Lui fait peut-être , hélas ! éviter cette approche ? Mais non, je lui veux bien épargner ce souci : Il ne me verra plus.
ZAÏRE
Madame, le voici. 940