‹ Œuvres;Chapitre 383 sur 422 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Vous savez si jamais j'y formai quelque obstacle.

Tant que j'ai respiré, vos yeux me sont témoins

Que votre seul péril occupoit tous mes soins ; 960

Et puisqu'il ne pouvoit finir qu'avec ma vie ,

C'est sans regret aussi que je la sacrifie.

Il est vrai , si le ciel eût écouté mes vœux ,

Qu'il pouvoit m' accorder un trépas plus heureux.

Vous n'en auriez pas moins épousé ma rivale : 965

Vous pouviez l'assurer de la foi conjugale ;

Mais vous n'auriez pas joint à ce titre d'époux

Tous ces gages d'amour qu'elle a reçus de vousr— '

Roxane s'estimoit assez récompensée ,

Et j'aurois en mourant cette douce pensée 970

Que vous ayant moi-même imposé cette loi ,

Je vous ai vers Roxane envoyé plein de moi ;

Qu'emportant chez les morts toute votre tendresse

Ce n'est point un amant en vous que je lui laisse.

BAJAZET

Que parlez-vous, Madame, et d'époux et d'amant? 975 O ciel ! de ce discours quel est le fondement ? Qui peut vous avoir fait ce récit infidèle ? Moi, j'aimerois Roxane, ou je vivrois pour elle, Madame ! Ah ! croyez-vous que loin de le penser, Ma bouche seulement eût pu le prononcer? 980 Mais l'un ni l'autre enfin n'étoit point nécessairej^ La Sultane a suivi son penchant ordinaire ;

Et soit qu'elle ait d'abord expliqué mon retour—-- ^

Comme un gage certain qui marquoit mon amour,—- — -

Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre , "^'9

A peine ai-je parlé , que sans presque m'eatendre

Ses pleurs précipités ont coupé mes discours.

Elle met dans ma main sa fortune , ses jours ;

Et se fiant enfin à ma reconnoissance ,

D'un hymen infaillible a formé l'espérance. — — ^ 990

BAJAZET

Moi-même , rougissant de sa crédulité

Et d'un amour si tendre et si peu mérité ,

Dans ma confusion , que Roxane, Madame,

Attribuoit encore à l'excès de ma flamme ,

Je me trouvois barbare, injuste, criminel. 995

Croyez qu'il m'a fallu, dans ce moment cruel ,

Pour garder jusqu'au bout un silence perfide ,

Rappeler tout l'amour que j'ai pour Atalide.

Cependant, quand je viens après de tels efforts

Chercber quelque secours contre tous mes remords, 1 000

Vous-même contre moi je vous vois irritée

Reprocher votre mort à mon âme agitée.

Je vois enfin , je vois qu'en ce même moment

Tout ce que je vous dis vous touche foiblement.

Madame, finissons et mon trouble et le vôtre : 100 5 Ne nous affligeons point vainement l'un et l'autre. Roxane n'est pas loin ; laissez agir ma foi. J'irai , bien plus content et de vous et de moi , Détromper son amour d'une feinte forcée , Que je n'allois tantôt déguiser ma pensée. 10 10

La voici.

ATALIDE

Juste ciel ! où va-t-il s'exposer .^^ Si vous m'aimez, gardez de la désabuser.

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