SCÈNE IV
ROXANE, seule.
Ma rivale à mes yeux s'est enfin déclarée :
Voilà sur quelle foi je m'etois assurée. taio
Depuis six mois entiers j'ai cru que nuit et jour
Ardente elle veilloit au soin de mon amour ;
Et c'est moi qui du sien ministre trop fidèle.
Semble depuis six mois ne veiller que pour elle,
Qui me suis appliquée à chercher les moyens 1 2 1 5
De lui faciliter tant d'heureux entretiens,
Et qui même souvent, prévenant son envie,
Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.
Ce n'est pas tout : il faut maintenant m'éclaircir
Si dans sa perfidie elle a su réussir ; 1220
Il faut.... Mais que pourrois-je apprendre davantage .^^
Mon malheur n'est-il pas écrit sur son visage?
Vois-je pas, au travers de son saisissement,
Un cœur dans ses douleurs content de son amant ?
Exempte des soupçons dont je suis tourmentée, 1225
Ce n'est que pour ses jours qu'elle est épouvantée*.
N'importe : poursuivons. Elle peut comme moi
I. f^ar. Ce n'est que pour ses jours qu'elle est inquiétée. (1672
BAJAZET
Sur des^^agii&-ti:Qj3ipcurs^^ s9^-ÉoL- Pour le faire expliquer, tendons-lui quelque piège. Mais quel indigne emploi moi-même m'imposé-je î 1 2 3o Quoi donc ? à me gêner appliquant mes esprits, J'irai faire à mes yeux éclater ses mépris ? Lui-même il peut prévoir et tromper mon adresse. Ij'ailleursfordre, Tesclave, et le Visirme^presse^ Il faut prendre parti : 1 on m attend. Faisons mieux : Sur tout ce que j'ai vu fermons plutôt les yeux ; Laissons de leur amour la recherche importune ; Poussons à bout l'ingrat, et tentons la fortune.
(Voyons si par mes soins sur le trône élevé. Il osera trahir l'amour qui l'a sauvé, 1240 Et si de mes bienfaits lâchement libérale, (ISa main en osera couronner ma rivale. Je sauiai bien toujours retrouver le moment De punir, s'il le faut, la rivale et l'amant. Dans ma juste fureur observant le perfide, 1245 Je saurai le surprendre avec son Atalide ; Et d'un même poignard les unissant tous deux. Les percer l'un et l'autre, et moi-même après eux*. Voilà, n'en doutons point, le parti qu'il faut prendre^. j£ji^eïi2LJ^tîfr4gn9r er .
I. Il semble que ce soit une imitation des vers 387-389 àeVAjax. On a fait remarquer avant nous que ces vers Ajax avaient sans doute frappé Racine, puisqu'il a pris soin de les traduire dans un exemplaire de Sophocle qui lui a appartenu. La Harpe, dans son commentaire, a cité cette traduction : a O Jupiter, auteur de ma race, que ne puis-je exterminer ce méchant fourbe que je hais ? Que ne puis-je percer le cœur de deux injustes rois, et me tuer moimême après eux ?» — Comparez aussi les paroles de Didon [Énéide^ livre IV, vers 6o5 et 606) :
Watumque patremque
Cum génère exstinxem ; memet super ipsa dedissem.
"X.Var. Sans doute j'ai trouvé le parti qu'il faut prendre. (1672)