‹ Œuvres;Chapitre 393 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

ATALIDE

Que je vous plains, Madame ! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire !

ROXANE

Il est tard de vouloir s'opposer au vainqueur.

ATALIDE

Ociel!

ROXANE

Le temps n'a point adouci sa rigueur. i i8o Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.

ATALIDE

Et que vous mande-t-il ?

ROXANE

"Voyez : lisez vous-même. Vous connoissez. Madame, et la lettre et le sein*.

ATALIDE

Du cruel Amurat je reconnois la main.

(Elle lit.)

« Avant que Babylone éprouvât ma puissance, 1 1 8 5 Te vous ai fait porter mes ordres absolus. Je ne veux point douter de votre obéissance,

I. Ici la lettre signifie l'écriture ^ comme plus bas au vers 1261. Dans le Grand Solyman de Mairet (acte II, scène v), le Visir Rustan, reconnaissant l'écriture d'un billet tombé entre ses mains, s'écrie :

C'est sa main, c'est sa lettre....

Une lettre d'Anne d'Autriche à Charles de Lorraine citée dans V Histoire de la réunion de la Lorraine ala France ^ par M. d'Haussonville(tome II, p. 349 ^® l'édition in-i8, Paris, 1860), a le même mot employé dans un sens semblable. — Au même vers toutes les anciennes éditions ont : le sein., et non : le seing, qui ne rimerait point aux yeux ; mais au milieu du vers i683, elles laissent au mot seing son orthographe ordinaire. A la fin de deux vers de la tragédie de Mairet que nous venons de citer, on lit également : sein, sans g :

. . J'ai du Persan le cachet et le sein.

{Le Grand Solyman, acte II, scène V.)

Connois-tu ces papiers, ce cachet et ce sein?

{Ibidem, acte III, scène vu.)

534 BAJAZET

Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus.

Je laisse sous mes lois Babylone asservie,

Et confirme en parlant mon ordre souverain. 1 190

Vous, si vous avez soin de votre propre vie,

Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »

ROXANE

Hé bien ?

ATALIDE

Cache tes pleurs, malheureuse Atalide.

ROXANE

Que vous semble ?

ATALIDE

Il poursuit son dessein parricide ; Mais il pense proscrire un prince sans appui : 1 1 9 5 Il ne sait pas l'amour qui vous parle pour lui, Que vous et Bajazet vous ne faites qu'une âme, Que plutôt, s'il le faut, vous mourrez —

ROXANE

Moi, Madame?

Je voudrois le sauver, je ne le puis haïr; Mais....

ATALIDE

Quoi donc ? qu'avez-vous résolu ?

ROXANE

D'obéir. 1200

ATALIDE

D'obéir !

ROXANE

Et que faire en ce péril extrême ?

Il le faut.

Quoi? ce prince aimable — qui vous aime. Verra finir ses jours qu'il vous a destinés !

ROXANE

Il le faut. Et déjà mes ordres sont donnés.

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