ACTE IV, SCÈNE V
Tu ne remportois pas une grande victoire*,
Perfide, en abusant ce cœur préoccupé,
Qui hii-même craignoit de se voir détrompé^. i 3oo
Moi ! qui de ce haut rang qui me rendoit si fière,
Dans le sein du malheur t'ai cherché la première,
Pour attacher des jours tranquilles, fortunés,
Aux périls dont tes jours étoient environnés,
Après tant de bonté, de soin, d'ardeurs extrêmes, i3o5
Tu ne saurois jamais prononcer que tu m'aimes!
Mais dans quel souvenir me laissé-je égarer' ?
Tu pleures, malheureuse? Ah! tu devois pleurer*
Lorsque d'un vain désir à ta perte poussée,
Tu conçus de le voir la première pensée. 1 3 t «
Tu pleures? et l'ingrat, tout prêt à te trahir.
Prépare les discours dont il veut t' éblouir.
Pour plaire à ta rivale, il prend soin de sa vie.
Ah! traître, tu mourras. Quoi? tu n'es point partie?
Va. Mais nous-même, allons, précipitons nos pas. i3i5
Qu'il me voie, attentive au soin de son trépas.
Lui montrer à la fois, et l'ordre de son frère.
Et de sa trahison ce gage trop sincère.
Toi, Zatime, retiens ma rivale en ces lieux.
1. Plusieurs commentateurs ont rapproché ce passage de ces vers d'Ovide dans la lettre de Phyllis à Déraophoon [Héroïdes, épître ii, vers 63-65):
Fallere credentem non est operosa puellam
Gloria , .
Sum decepta tuis et amans et femina verhis.