ACTE V, SCÈNE IV
Laissons ces vains discours ; et sans m'importuner, Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? 1540 J'ai Tordre d'Amurat, et je puis t'y soustraire. Mais tu n'as qu'un moment : parle.
EAJAZET.
Que faut-il faire ?
ROXANE
Ma rivale est ici : suis-moi sans différer ;
Dans les mains des muets viens la voir expirer *
Et libre d'un amour à ta gloire funeste, 1545
Viens m' engager ta foi : le temps fera If? reste^
Ta grâce est à ce prix, si tu veux l'obtenir.
BAJAZET
Je ne l'accepterois que pour vous en punir, Que pour faire éclater aux yeux de tout l'Empire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire. i d5o
Mais à quelle fureur me laissant emporter, Contre ses tristes jours vais-je vous irriter ! De mes emportements elle n'est point complice, Ni de mon amour même et de mon injustice. Loin de me retenir par des conseils jaloux, ^ 1 55 5 Elle me conjuroit de me donner à vous ^ . En un mot, séparez ses vertus de mon crime Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime; Aux ordres d'Amurat hâtez-vous d'obéir; Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr. -^^60 Amurat avec moi ne l'a point condamnée : Epargnez une vie assez infortunée.
1. P^ar. De ton cœur par sa mort viens me voir m'assurer. {1672)
2. f^ar. Si mon cœur l'avoit crue, il ne seroit qu'à vous. {1672)
3. Avant ce vers on lit dans les premières éditions (1672-1687) :
Confessant vos bienfaits, reconnoissant vos charmes,
Elle a pour me fléchir employé jusqu'aux larmes.
Toute prête vingt fois à se sacrifier,
Par sa mort elle-même a voulu nous lier.
[En un mot, séparez ses vertus de mon crime.]
BAJAZET
Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés, Madame*, et si jamais je vous fus cher....
ROXANE
~ Sortez*.