‹ Œuvres;Chapitre 6 sur 422 · Impromptu de Versailles, scène i · texte numérisé non relu

Impromptu de Versailles, scène i

2. Voyez p. 73-75 (édition de 1668. L'Achevé d'imprimer est du 7 février).

3. <t On assure que son ventre s'ouvrit; il était si prodigieusement gros qu'il étoit soutenu par un cercle de fer. » (Mercure de France, mai 1738, p. 83o.)

ANDROMAQUE

du théâtre de MM. Montfleury * , s'appuyant sur l'autorité de Mlle Desmares, arrière-petite-fille du premier interprète des fureurs d'Oreste, disent que Gueret a fait un conte. On pourrait supposer en effet que cette histoire de Montfleury, tué par son jeu forcené, n'a été imaginée que pour faire pendant à celle de Mondory, qui avait été frappé d'une attaque d'apoplexie en jouant les fureurs d'Hérode dans la Mariane de Tristan. Il est bien difficile cependant de récuser le témoignage contemporain de Robinet, dont les termes nous semblent assez clairs dans la lettre envers du 17 décembre 1667, où il annonce la mort de Montfleury,

Qui d'une façon sans égale Jouoit dans la troupe royale, Non les rôles tendres et doux, Mais de transports et de courroux, Et lequel a, jouant Oreste, Hélas! joué de tout son reste.

O rôle tragique et mortel, Combien tu fais perdre à l'Hôtel En cet acteur inimitable!

Qu'importe au surplus? La tragédie de Racine n'avait pas besoin, pour conquérir la célébrité, de tuer un malheureux comédien. Ne cherchons, si l'on veut, dans l'anecdote, vraie ou fausse, qu'une preuve de l'impression produite sur les spectateurs de ce temps par la violence du jeu de Montfleury. Mais la dernière scène Andromaque n'a pas été faite pour être jouée de sang-froid j et cette fois les transports démoniaques de l'acteur purent ne pas mériter de reproches. Du reste les défauts qu'il parait avoir eus ne l'empêchèrent évidemment pas d'être fort admiré dans la tragédie de Racine, puisque M. de Lionne écrivait à Saint-Evremond que « la pièce étoit déchue par sa mort. » Ajoutons que Montfleury, si sévèrement jugé par Molière, avait cependant la réputation d'un des meilleurs comédiens de ce temps. Chapuzeau le place à côté de Floridor. Ils étaient l'un et l'autre « les grands modèles, dit-il 2,

I. Cité dans V Histoire du Théâtre françois, tome VII, p. 1 26-137. ■2. Théâtre franfois, ip. 18 2.

NOTICE

de tous ceux qui veulent se dévouer au théâtre ^. » Il y a lieu de penser que, dans l'ensemble, le chef-d'œuvre fut loin d'être trahi par ses premiers interprètes.

On alla même jusqu'à prétendre (car c'était toujours, en pareil cas, le thème des détracteurs) Andromaque devait surtout aux acteurs son éclatant succès. « Elle a besoin, disait Saint-Évremond ^, de grands comédiens, qui remplissent par l'action ce qui lui manque. » Ne croirait-on pas qu'il s'agit d'une pièce qui resterait froide et languissante, si elle n'était réchauffée par la passion des comédiens, d'une action dont le vide veut être dissimulé par le mouvement entraînant de la représentation théâtrale? La vérité est, au contraire, que, tout en ayant ce caractère essentiel aux œuvres vraiment dramatiques de produire tout leur effet à la représentation, cette tragédie, si féconde en émouvantes péripéties, et d'un intérêt si puissant par elle-même, n'est guère moins admirée à la lecture, et qu'en tout temps elle a fait les grands acteurs, au lieu d'être faite par eux. Mais Saint-Évremond, engagé dans la cause de Corneille, était de ceux qui ne se résignaient pas à lui reconnaître un rival. Il est curieux de le voir, partagé entre sa passion et les avertissements plus justes de son sens droit, se débattre contre son involontaire admiration. On lui avait envoyé Andromaque avec Attila^ joué la même année, quelques mois plus tôt ^. « A peine ai-je eu le loisir, écrivait-il à M. de

1. Tallemant des Réaux était plus favorable encore à Montfleury : il le jugeait supérieur à Floridor. « C'est, dit-il de ce dernier, un médiocre comédien, quoi que le' monde en veuille dire — Montfleury, s'il n'étoit point si gras, et qu'il n'affectât point de montrer sa science, seroit un tout autre homme que lui. » {llïstorïettes y édition de MM. Monmerqué et P. Paris, M.DCCC.LVIII, tome VII, p. 176.) Il reste nécessairement beaucoup d'incertitude sur ce que nous devons penser aujourd'hui de ces anciens acteurs.

2. Lettre à M. de Lionne. OEuvres de Saint-Èvremond (édition d'Amsterdam, 1706), tome II, p. 286.

3. L'impression Attila avait également devancé quelque peu celle ^Andromaque. L'Achevé d'imprimer de la tragédie de Corneille est du 20 novembre 1667; celui Andromaque n'est pas donné dans l'exemplaire de la première édition que nous avons eu sous les yeux ; mais cette édition porte la date de 1668. Le privilège accordé à

lO

ANDROMAQUE

Lionne *, de jeter les yeux sur Andmmaque et sur Attila; cependant il me paroît Andmmaque a bien de l'air des belles choses; il ne s'en faut presque rien qu'il y ait du grand. Ceux qui n'entreront pas assez dans les choses, l'admireront; ceux qui veulent des beautés pleines, y chercheront je ne sais quoi qui les empêchera d'être tout à fait contents.... Mais, à tout prendre, c'est une belle pièce, et qui est fort au-dessus du médiocre, quoique un peu au-dessous du grand. » Le même jugement, au fond très-favorable, mais embarrassé des mêmes restrictions subtiles, se retrouve dans une autre lettre qu'il adressait encore à M. de Lionne^ : « Ceux qui m'ont envoyé Andromaque m'ont demandé mon sentiment. Comme je vous l'ai dit, elle m'a semblé très-belle ; mais je crois qu'on peut aller plus loin dans les passions, et qu'il y a encore quelque chose de plus profond daus les sentiments que ce qui s'y trouve; ce qui doit être tendre n'y est que doux, et ce qui doit exciter delà pitié ne donne que de la tendresse. Cependant, â tout prendre, Racine doit avoir plus de réputation qu'aucun autre après Corneille. » Après Corneille^ c'est tout ce que voulait Saint-Évremond : c'est à cette conclusion qu'il prétendait arriver par des critiques cette fois si vagues. Il fallait que dans Corneille seul il y eût a du grand et des beautés pleines. » On ne pouvait d'ailleurs rencontrer plus mal que de refuser à Andromaque le mérite d'aller assez loin dans les passions et de donner aux sentiments toute leur profondeur.

Saint-Évremond ne disputait du moins que sur le degré de

« notre bien atné leaii Racine, Prieur de l'Épinay, » est du 28 décembre 1667. Voici le titre de cette édition originale :

ANDROMAQVE,

TRAGEDIE

A Paris, chez Théodore Girard....

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