SCENE VIII
ANDROMAQUE, CÉPHISE
CÉPHISE
Je vous l'avois prédit, qu'en dépit de la Grèce ^, De votre sort encor vous seriez la maîtresse.
1. Au lieu de : « une offre, » les éditions de 1676, 1681 , 1689 ont : a un offre. »
2. C'est à TOUS d'y penser : tout le choix qu'on vous donne, C'est d'accepter pour lui la mort ou la couronne.
Son sort est en vos mains : aimer ou dédaigner Le va faire périr ou le faire régner.
[Perthàrite ^ vers 759-762.)
3. Les éditions de i75o, 1768, 1807, 1808 et celle de M. Aimé-Martin indiquent cette variante, que nous ne trouvons dans aucun texte :
Hé bien ! je vous l'ai dit, qu'en dépit de la Grèce.
ANDROMAQUE
Hélas ! de quel effet tes discours sont suivis !
Il ne me restoit plus qu'à condamner mon fils. 980
CÉPHISE
Madame , à votre époux c'est être assez fidèle : Trop de vertu pourroit vous rendre criminelle. Lui-même il porteroit votre âme à la douceur.
ANDROMAQUE
Quoi? je lui donnerois Pyrrhus pour successeur?
CÉPHISE
Ainsi le veut son fils, que les Grecs vous ravissent. 985
Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent;
Qu'il méprisât, Madame, un roi victorieux
Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux ,
Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère ,
Qui ne se souvient plus qu'Achille étoit son père , 990
Qui dément ses exploits et les rend superflus ?
ANDROMAQUE
Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles?
Dois-je oublier son père * à mes pieds renversé, 995
Ensanglantant l'autel qu'il tenoit embrassé?
Songe , songe , Géphîse , à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus , les yeux étincelants ,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants , 1000
Sur tous mes frères morts se faisant un passage ,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage. [rants.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mou-
I. Les éditions de 1768, de 1807 (la Harpe), de 1808 et celle de M. Aimé- Martin ont : (f mon père, » au lieu de : « son père, » qui est la leçon de toutes les éditions imprimées du vivant de Racine, et non pas seulement, comme le dit M. Aimé-Martin, celle des premières éditions.